Joseph Kessel voit jour après jour dans les rues de Montmartre une femme très belle, très mystérieuse enveloppée dans une fourrure opulente, il tombe amoureux de cette apparition et va la rechercher, il la rencontrera, elle est chanteuse dans un cabaret, elle a fuit l'Allemagne nazie après que son mari Michel un éditeur fameux d'auteurs réprouvés par le nouveau régime a été arrêté et mis dans un camps de concentration, elle s'appelle Elsa Wiener, elle vit dans un petit hôtel avec un garçonnet juif de 12ans -Max-, infirme -il a été battu par des SA alors que son père lui a été abattu-, déprécié par la nature, tête disproportionnée, grande intelligence, recueilli par Elsa et son mari, on est en 1935 -le roman a été publié en 1936- dans une Paris qui vit les derniers soubresauts des années folles... Elsa va tout faire pour pouvoir donner de l'argent afin de sortir son mari des griffes des monstres, elle va aller de déchéance en déchéance, se droguer, se prostituer, perdre son âme, s'enlaidir, aidée par intermittence par Kessel qui s'est attaché à ce couple, témoin de la spirale infernale dans laquelle Elsa à cause de l'amour indéfectible qu'elle porte à son mari est emportée -avant, bien qu'elle l'aimait et respectait, elle le trompait sans cesse-... puis Michel arrive à Paris Et le drame trouvera son acmé.
Kessel s'est un style simple, imagé, fluide ("Un petit jour gluant, porteur de brume et de suie, s'annonçait à des signes indéfinissables."p11 "Un reflet de son enfance trop tôt ravie lui baigna le visage."p31 "Les lumières de Paris aux reflets inégaux jouaient sur son sourire qui devenait à chaque instant plus tendre, plus avide."p191) c'est un conteur hors-pair qui nous conduit où il veut, il est le narrateur, il a rencontré Elsa -où du moins il nous fait croire à cette histoire- il fut un des premiers à dénoncer le totalitarisme inique du régime hitlérien. C'est emportant, juste et bouleversant.
PS le film
La Passante du sans-souci qui prend beaucoup de liberté avec le texte si cohérent de Kessel m'a semblé vieilli et poussiéreux Et si ce n'était pas le dernier film de Romy Schneider -magnifique, touchante et juste- il tomberait dans un oubli certain, ce qui ne sera jamais le cas de ce roman.