Le déclassement est un thème à la mode en cette période de crise : on en a particulièrement parlé au moment de la publication du rapport sur le déclassement commandé par Matignon en juillet 2009. En fait le thème du déclassement (défini comme la baisse de niveau social de soi-même ou de ses enfants, que ce soit par la perte d'emploi ou bien par exemple par la perte du statut de cadre) est plutôt un prétexte à un survol synthétique de la société française à partir de quelques études sociologiques. L'ensemble est court (une centaine de page y compris les graphiques) et factuel.
L'auteur commence par rappeler l'historique de la construction du système de protection sociale français depuis la guerre, et la manière dont ce système a évolué lors de la crise de 1973, conduisant à la création de statuts de travailleurs moins protégés (CDD) et à l'apparition de nombreux chômeurs, et aboutissant à ce que l'auteur appelle une "société à statut". La sécurité du statut de fonctionnaire devient particulièrement enviable et justifie des sacrifices pour l'obtenir. Le thème d'une société française à deux vitesse n'est pas nouveau : travailleurs protégés par des avantages sociaux (voire fonctionnaires "privilégiés") contre travailleurs précaires et chômeurs exclus des prestations sociales et au détriment desquels se fait l'ajustement économique. On peut lire par exemple à ce sujet La France injuste de Timothy Smith (2006). L'auteur met notamment en parallèle la recherche de la sécurité par les fonctionnaires avec le Non au traité constitutionnel de 2005 et avec l'émergence d'un nouveau syndicalisme qui cherche à protéger les fonctionnaires et les salariés en place plutôt que d'aider les chômeurs (SUD est mentionné). L'auteur est plus mitigé sur la réalité de l'impact négatif de la protection sociale sur le niveau d'emploi, qu'il semble difficile de mettre en évidence.
On s'intéresse ensuite à l'enseignement supérieur, qui a formé de plus en plus de diplômés au cours des années 80. Ces diplômés ont été absorbés par les entreprises privées, et bien loin d'être dévalorisés par l'inflation de leur nombre, les diplômes sont devenus un actif de plus en plus important pour obtenir un travail et un statut. L'écart entre diplômés et non-diplômés s'est notamment accrue avec la crise de 1993 qui a surtout pesé sur les sans-diplôme. A l'inverse, les inégalités entre classes sociales ont décru, et si les fils de cadre ont toujours plus de chance de devenir cadres que les fils d'ouvriers, c'est beaucoup moins vrai qu'avant. Selon l'auteur, l'"ascenseur social" n'est donc pas en panne, et la compétition scolaire devrait encore s'accentuer dans l'avenir.
Les conclusions de l'auteur rejoignent celle du rapport de Premier Ministre : la peur du déclassement est plus réelle que le déclassement lui-même (qui reste rare). Par ailleurs, cette peur est d'autant plus ressentie que la législation sociale est moins flexible. Dans un pays flexible comme les Etats-Unis, la peur du déclassement est peu ressentie mais les inégalistés salariales sont très importantes. A l'inverse, au Portugal, les inégalités salariales sont faibles mais il y a un écart très important entre les salariés et ceux qui sont (souvent durablement) exclus du monde du travail, ce qui induit une perception très forte du risque de déclassement même par ceux qui ont un emploi. Le système idéal de ce point de vue pourrait être celui du Danemark, où les employeurs licencient facilement mais où les chômeurs sont très protégés.