Dans ce passionnant essai, Patrice Gueniffey décortique la montée crescendo de la TERREUR de 1789 à 1794, lors de la Révolution Française.
En effet, l'auteur distingue d'une part, la violence révolutionnaire sauvage des foules qui engendre de nombreuses victimes, mais qui n'est pas préméditée, pendant la première période située entre 1789 et 1791 ; et de l'autre, la Terreur politique idéologique (Pensée unique) délibérée qui choisit ses cibles à exterminer : les "ennemis du peuple", durant la seconde période située entre 1792 et la chute de Robespierre le 9 Thermidor en 1794.
Evidemment, le point culminant de cette Terreur découle du décret du 1er août 1793, décidant du GENOCIDE du peuple Vendéen.
Egalement, dans le contexte révolutionnaire, Patrice Gueniffey met en évidence l'importante notion de : COMPLOT qui permet de "légitimer" la violence, la cruauté et la Terreur révolutionnaire, page 63 :
"Le terme annoncé s'éloigne à mesure qu'on en approche ; la Révolution, qui inscrit le bonheur universel sur sa bannière, fait couler le sang : l'imaginaire du complot, en conduisant à imputer la responsabilité de la violence à une volonté étrangère et extérieure, possède les vertus d'un vaccin. Il immunise le révolutionnaire contre le démenti de ses illusions par l'expérience et, le cas échéant, il lui permet de tuer avec innocence. Il est même impossible de concevoir le personnage du révolutionnaire indépendamment de celui de son ennemi et complice secret, le contre-révolutionnaire. Ils forment un couple indissoluble. Le premier a un besoin vital du second, car celui-ci seulement lui permet de continuer à affronter avec la foi du charbonnier des obstacles dont la répétition même apporte la preuve de l'inanité, ou du caractère démesuré, du but qu'il veut atteindre."
Une autre notion, celle d'ENNEMI engendre, elle aussi, la "justification" jusqu'au-boutiste et radicale de la Terreur révolutionnaire ; car, qui dit "ennemi", dit extermination totale de ce dernier, ce que décrit clairement l'auteur, pages 65 et 66 :
"La figure du complot en reçoit une puissance accrue, et les conflits politiques un caractère plus radical. C'est aussi que la Révolution française n'oppose pas des adversaires mais des ennemis. Il ne s'agit pas d'un conflit "politique" qui porterait sur le choix des moyens, et auquel il serait dès lors possible de trouver une issue politique par la négociation. C'est un conflit qui porte sur les fins dernières de l'ordre social et politique, raison pour laquelle il prend très tôt l'apparence d'une guerre, avec toutes ses conséquences, qu'il s'agisse de la haine contre l'adversaire ou de la tentation de recourir à des moyens expéditifs et violents. L'enjeu est si élevé, si absolu - la liberté, l'égalité, la légitimité - qu'il exclut par avance tout moyen terme, tout compromis. Le conflit révolutionnaire s'apparente ainsi aux conflits religieux dont l'enjeu, une conception du salut, est si élevé qu'il n'est pas négociable et que le combat ne peut finir qu'avec la destruction totale d'un des adversaires en présence."
Les Bolcheviques (Communistes) Russes : Lénine, Trotski et Staline en 1917, se sont revendiqués du Jacobinisme de Robespierre avec les mêmes concepts fanatiques et tyranniques, tels que :
- La fin justifie les moyens ;
- L'Homme nouveau ;
- La révolution permanente ;
- Les "ennemis du peuple" adaptés pour l'idéologie Marxiste-Léniniste en "ennemis de classes" à exterminer par la "dictature du prolétariat" et la "lutte des classes".
Cette monstrueuse idéologie communiste donnant lieu à la guerre civile et son sinistre cortège de Crimes contre l'Humanité à l'encontre : des "otages", des "suspects", des "contre-révolutionnaires", etc..
Tragiquement et contrairement au 9 Thermidor de la Révolution Française, personne n'a pu arrêter la prolifération de l'ignoble régime totalitaire communiste à travers le monde.
Au final, donc, un bilan criminel (la face obscure) rarement évoqué de la Révolution Française qui a engendré le massacre de : 200 000 à 300 000 citoyens innocents pour une population, à l'époque, de 28 millions d'habitants.
Une Terreur d'une ampleur considérable, perpétrée pourtant avec les moyens rudimentaires d'extermination du 18ème siècle : baïonnettes, fusils, guillotines, noyades de masse...
Soit, environ 1 % de la population Française massacrée en seulement 5 années entre 1789 et 1794, paradoxalement aux noms : de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, et de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen le 26 août 1789 !
Alors, peut-il exister réellement UN "modèle Universel" de : Révolution "à la Française", pourtant si dispendieuse en vies humaines ?
Je laisse la réponse et la phrase de fin à Patrice Gueniffey, citant Jean-Paul Rabaut Saint-Etienne, page 19 :
"Les révolutions humaines, remarquait Rabaut Saint-Etienne dans le "Précis de l'histoire de la Révolution française" qu'il publia en 1792, arrivent pour des hommes, pour des choses, ou pour des opinions : toutes sont cimentées par du sang."
Confer également d'autres ouvrages aussi passionnants sur le même thème de :
- Reynald Secher
Vendée : du génocide au mémoricide : Mécanique d'un crime légal contre l'humanité ;
- Gracchus Babeuf
La guerre de la Vendée et le système de dépopulation ;
- Max Gallo
Révolution française, Tome 1 : Le Peuple et le Roi (1774-1793) et
Révolution française, Tome 2 : Aux armes, citoyens ! ;
- Sous la direction de Renaud Escande
Le livre noir de la Révolution Française ;
- Reynald Secher
La Vendée-Vengé : Le génocide franco-français.