Quelle puissance, quelle force dans ce superbe roman, somptueusement écrit,d'une violence,d'une sensibilité et d'une tendresse infinies !
Mazerotti,un curé napolitain en rupture de ban qui accueille dans son église de Santa Maria del Purgatorio tous les éclopés de la nuit, clochards,filles de douleur et déments;Garibaldo, un bistrotier; Grace,une prostituée;Provolone, un "professeur" un peu fou et homosexuel; Matteo,un chauffeur de taxi;Giuliana, une pauvresse, massacrée par la vie;Pippo, un enfant assassiné, sont les héros de cette tragédie qui nous plonge dans un univers littéralement "dantesque" où la mort rôde en permanence, toujours prête à happer ses proies, quand la raison chancelle, quand le courage faiblit, quand le sort et les éléments,déchaînés, " pèsent comme un couvercle et nous versent un jour noir plus triste que les nuits ", quand le désespoir s'installe.
L'Apôtre Paul ( mais oui ! ) posait déjà La question essentielle :
"Mort où est ta victoire où est ton aiguillon ?".Hé bien tu ne peux rien, sinistre et hideuse compagne,lancinante et implacable rivale,contre la puissance de l'amour, portée par des êtres simples,humbles,méprisés sans doute, mais animés d'un fol espoir,clame ce Chant, car c'en est un et il est haletant,fiévreux, dépouillé et magnifique.
Tout commence par la mort, tragique, d'un tout petit et un assassinat sauvage. Et nous voilà descendu aux " Enfers." Une porte titanesque et noire, lourde comme les siècles,nous coupe, d'abord, le souffle. Elle s'entrebâille.On s'avance, inquiet, pas à pas, avec tout le courage et la pérsévérance du monde. On franchit de fantastiques obstacles," bois hurlant ", "fleuve des larmes "," buissons sanglants" pour assister,enfin, hébété, à la marche des ombres aspirées par les "spirales de la mort ". On revient ...vite,angoissé, oppressé.La Porte ne peut se refermer sur toutes les victimes apportées par "La Camarde".Une âme parvient,grâce au miracle de l'amour,à échapper aux autres. Elle s'extirpe de la profondeur des ténébres et c'est, tout à coup, le "Soleil des Scorta" qui vient illuminer des existences dévastées par la douleur, quand Naples agonise sous les décombres d'un soudain tremblement de terre. L'Amour a vaincu la Mort. Ne serait-ce pas Dante, lui-même, qui nous servirait de guide dans tout ce fracas ?
Vous cherchez le meilleur romancier français du moment? Ce n'est déjà plus J.M.Le Clézio mais Laurent Gaudé : laissez-vous entraîner par son souffle ravageur et magique qui nous vient d'Outre Tombe et qui vous laissera pantelant,"sonné",un peu hagard.Décapant !
André Hodja