Dans la filmographie de
Joseph L. Mankiewicz, il y a très peu de déchets. Néanmoins, j'en citerai deux : le très moyen "Stranger in The Night" ("quelque part dans la nuit", film noir tourné en 1947, raté à cause d'une erreur de casting : John Hodiak...) et la très mauvaise comédie musicale réunissant Marlon Brando et Jean Simmons dans "Guys and Dolls" ("Blanches colombes et vilains messieurs", réalisé en 1955). "No Way Out" dont la traduction relève de la stupidité ou de l'incompétence (no way out signifie "sans issue") fut tourné en 1950 juste après
House of Strangers (la maison des étrangers) et quelques semaines avant le délicieux
All About Eve (Eve). Ce film au dessus de la moyenne peut surprendre par son audace: le thème est celui du racisme, de sa violence verbale et physique. A cette époque, l'Amérique n'avait pas l'habitude que son cinéma aborde de front la question raciale.
Fritz Lang qui désirait un acteur noir pour son remarquable
Furie n'eut pas droit à ce traitement de faveur. Il fallut attendre Mankiewicz et Zanuck (1), tous deux connus pour leurs idées libérales, ainsi qu'un jeune acteur, Sydney Poitier, pour voir enfin un film sérieux sur le sujet.
Quand on voit ce jeune acteur dont c'était le premier rôle (il n'a que 22 ans au moment du tournage), on ne peut qu'être frappé par le temps parcouru entre 1950 et 2009! Et de voir en
Sidney Poitier une certaine classe qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain Barack Obama...
Poitier joue avec une rare sincérité le rôle d'un interne dans un hôpital d'une région non spécifiée. Deux truands grièvement blessés arrivent dans son service et à la suite d'une opération, l'un d'eux meurt. On devine sur qui va reposer l'accusation.
Linda Darnell tient l'un de ses plus beaux rôles (après "my darling clementine" de John Ford et "a letter to three wives" de Mankiewicz). Les cheveux plaqués, pratiquement sans maquillage, elle est éblouissante de naturel. Femme désabusée, réalisant la vanité de la nature humaine, ainsi que la stupidité de certains schémas de pensée (en l'occurrence, le racisme), elle incarne le possible changement des mentalités. Ce fut sa dernière collaboration avec son amant (elle vécut une longue liaison avec le cinéaste). Quant à
Richard Widmark qui joue le rôle d'un bandit raciste qui n'a pas d'autre choix que de se laisser soigner par un Noir, il rappelle le psychopathe de "Kiss of Death" (carrefour de la mort, film noir d'Henry Hathaway). Malheureusement, le tout petit point faible du film réside dans son happy ending... A mon avis, celui-ci lui donne moins de force. La charge symbolique me paraît moins efficace, en tout cas. Enfin, un mot sur les versions de cette édition de la Fox : Pas de version française, mais une version originale avec sous-titrages français, anglais, allemands, italiens et espagnols.