Pour moi Julien Gracq est l'un des trois écrivains qui ont offert à la langue littéraire sa palette la plus riche et la plus raffinée. Les deux autres sont Proust et Nabokov. Son répertoire lexical est d'une richesse hors du commun et lui permet d'exprimer avec une acuité qui fait mouche à chaque coup les impressions et les émotions les plus ténues. Chacune de ses phrases semble lestée d'un poids et d'une densité inhabituels.
La Presqu'île, comme la plupart des récits de Julien Gracq, raconte une attente et une déambulation. Le héros tue le temps en attendant la venue de son amie et voyage en voiture et à pied. Ce niveau zéro du récit n'ennuie pourtant pas, tant l'auteur nous embarque dans un maelström d'impressions comme saisies sur le vif.