Jacqueline Kelen poursuit dans cet essai son exploration de la vie spirituelle et dénonce les tendances de notre société qui ruinent la vie intérieure.
Il y a une ferveur et une ardeur formidable dans ce texte en quête d'Absolu qui s'appuie en grande partie sur l'étude des mythes pour montrer les liens intimes, indissociables qui unissent le désir, le secret et le silence. "Plus on se complait dans l'étalage de sa vie intime, plus (...) on fuit ou on met en péril sa vie intérieure."
J. Kelen vante inlassablement au fil de ses ouvrages "la voie du coeur" qui "est celle de la connaissance spirituelle, avec ce que cela suppose de recherche, d'étude, de réflexion, de silence, de discernement, d'écoute, et d'expérience intérieure personnelle. (...) Rude chemin, mais chemin d'amour". Chemin de liberté également car "le goût du secret et l'amour de la liberté vont de pair : ils représentent la part réservée, souveraine, de l'Individu ; ce roc d'éternité, de légèreté, sur quoi bâtir sa maison intérieure."
La distinction qu'elle opère ici entre mysticisme et sagesse est particulièrement intéressante. Grâce à son étude du désir sublimé et porté à son paroxysme dans l'engagement mystique, et à son analyse de quelques mythes, elle démontre en quoi le désir est une force indispensable à l'élévation de l'individu. Cela, si on considère tous les degrés de l'échelle du désir et non pas seulement l'attrait d'ordre sexuel et matériel qui dominent aujourd'hui et le pervertissent.
Le désir consume et torture parfois, mais il est précieux. Il rend possible. Il fait surgir. Le secret le transcende et l'illumine, le silence le protège. Notre société ne valorise pas le désir, mais la satisfaction des désirs et par là l'étouffe. Or, sans désir, il n'y a rien. Il est à la source même de la vie.
Le style est agréable, élégant et fluide. De nombreuses citations, certaines poétiques et très belles, de philosophes, théologiens, mystiques chrétiens et soufis émaillent les chapitres et invitent à découvrir ou à redécouvrir leurs auteurs. "Ne rétrécissons pas nos désirs, c'est d'une haute importance." Thérèse d'Avila
Finalement, peut-être que "l'important n'est pas d'expliquer le monde, la vie , Dieu, l'amour, la mort, que de s'approcher, s'approcher avec désir, ferveur et tremblement de leur mystère."