Hou, hou, je suis là, je blogues donc je suis. Une affection contagieuse mais sympathique, apparemment inoffensive, au demeurant.
Pourtant ce nouveau média - intermédiaire entre quoi et quoi, on se le demande - ne peut demeurer gratuit, ludique plus longtemps. Les requins qui croisent en haute mer ont senti la chair fraîche, la bonne affaire. Heureusement c’est par bancs entiers que les poissons naïfs se pressent à l’entrée de leurs grandes gueules. Gros croiseurs ou petits cuirassiers se déploient donc en grandes manœuvres, comme d‘habitude. La chasse est ouverte, en attendant qu’ils ne se bouffent ( ne fusionnent, pardon ) entre eux, comme d’ habitude. Là, il n’est plus question de liberté d’expression ni de liberté, ni d’expression, d’ailleurs, il est question de gros sous, comme d’habitude. Quel profit peut-on tirer de cet engouement, de cette nouvelle lubie. That is the question… Une idée surgit :
Et si on mettait tous ces bénévoles à contribution ? Non, pas pour leur réflexions, dont on se contrefout naturellement, mais pour leur nombre et leur ubiquité. Si on en faisait des agents volontaires, des informateurs, si on les recrutait, sans en avoir l’air, pour faire du renseignement ? Ils feraient d’excellents et innombrables capteurs, leurs téléphones portables deviendraient autant de webcams, sans frais, sans entretien, sans contrat. Tous branchés, aux aguets, partout, 24 h / 24. C’est l’apothéose du big brother is watching you, dans une version soft, tellement insidieuse qu’elle devrait normalement passer inaperçu.
En voilà une idée qu’elle est bonne, comme aurait dit le plus goguenard des critiques - et le plus regretté - , a dream come true qui fait rêver même nos maîtres à penser européens, mais il faut l’ aménager. Alors, du blog on vire la réflexion personnelle dont on connaît par avance l’inanité, on garde les petits doigts pour taper sur les touches. Le contenu ?
Quel contenu ? Des informations, évidemment, l’air du temps, les éclats de bombes humaines, les mauvais traitements à enfants, les inondations, les braquages, les trucs spectaculaires ou insolites qui arrivent aux autres et dont nous meublons notre quotidien avec délice pour oublier notre propre médiocrité. Le spectacle du monde quoi, mais nez à nez, sans recul, sans analyse, sans références, le rêve du lobbyiste, du désinformateur et le pouvoir divin pour l’entreprise qui récupère, sélectionne et distribue les infos, chacun selon ses besoins, ses moyens surtout. L’info-matique, quoi, la vraie. Des fichiers ciblés, optimisés, rentables mais payants pour les pros, des échantillons gratuits, pour les badauds, des faits divers comme disait la vieille presse, il y a longtemps. Tout ce qui plait aux gens, en somme, et ce qui fera vendre encore, finalement. Là, en prime, ce sera en direct ! Encore plus saignant, encore mieux qu’une télé réalité aussitôt ringardisée, nos géniaux éclaireurs du futur viennent de réinventer les jeux du cirque, mais permanents, entrez, entrez, cette fois ci il y a vraiment de la place pour tout le monde. Pendant le spectacle on nous fourguera les produits dérivés. Là, on gagne sur tous les tableaux. « Suppose qu’on ai de l’argent et qu’on soit intelligent… ». Et c’est pas un progrès ça ?
La formation est payante, bien entendu. Pour commencer, achetez le livre.