Comment pouvait-elle imaginer, en effet, alors quelle voyageait pour la première fois à bord de lOrient-Express en 1928, combien son existence allait être modifiée à jamais ? Elle laissait en Angleterre une enfance heureuse passée dans un manoir victorien du Devon, léchec dun premier mariage et une carrière littéraire déjà bien assise pour partir en Iraq à la découverte des champs de fouilles dOur, invitée par les archéologues Leonard et Katherine Woolley. La romancière avait toujours été fascinée par lOrient, à tel point quelle rendit de nouveau visite à ses amis lannée suivante.
Cette fois, les Woolley eurent lexcellente idée de la confier à un jeune archéologue prometteur, Max Mallowan. Ce dernier devint son cicérone, ils visitèrent ensemble la Chaldée et séprirent lun de lautre. Agatha était âgée de quarante ans, Max nen avait que vingt-six, mais il la trouvait irrésistible dintelligence, de charme et desprit, qualités quelle-même appréciait chez ce garçon si singulier qui navait jamais lu aucun de ses romans et nétait nullement impressionné par sa notoriété. Ils se marièrent avant la fin de lannée.
Commença alors une vie de voyage avec son époux. Ils travaillèrent essentiellement en Syrie et en Iraq, et Agatha laccompagna avec joie dans ses pérégrinations. Elle continua à écrire ses propres ouvrages sur place tout en étant une assistante précieuse pour son mari. Elle prenait des photos, les développait, étiquetait les objets trouvés. (Pour dépoussiérer les plus fragiles elle utilisait une aiguille à tricoter et un pot de crème pour le visage !)