Saga captivante, remarquable.
Un reproche, cependant. Moberg, qui s'est longuement documenté sur l'émigration suédoise, a trop idéalisé ses héros. Par exemple, Karl-Oscar et Kristina ont toutes les vertus, ils sont travailleurs, sobres, courageux, non violents, fidèles, extrèmement propres (ce qui n'allait pas de soi en 1850 dans les campagnes où l'eau courante était inconnue).
Jonas Peter, qui fuit sa mégère de femme, n'a plus d'enfant à charge ; s'il avait laissé derrière lui des enfants mineurs, le lecteur aurait pu être choqué. Danjel, le fondateur de secte, est un philantrope sincère et aisé, non un escroc vivant aux crochets de quelques dupes.
Même la pute (repentie) est presque convenable et veille sur la moralité de sa fille...
Je n'ai pas encore lu la suite, mais je parie que Karl-Oscar se montrera anti-esclavagiste et opposé à l'extermination des Indiens, à laquelle pourtant les émigrants en quête de terres ont contribué collectivement.
Bref, Moberg a prêté à ses héros toutes les qualités que requiert notre sensibilité moderne, au détriment d'une certaine vraisemblance historique.
Par contraste, les Suédois qui restent au pays sont présentés sous des couleurs généralement peu favorables.