Cette oeuvre de Michel Onfray se fonde sur la structure d'un discours conçu en six grandes parties, respectivement intitulées : « Pérégrinations en quête d'une figure », « Éthique : portrait du vertueux en Condottiere », « Esthétique : petite théorie de la sculpture de soi », « Économique : principes pour une éthique dispendieuse », « Pathétique : géographie des cercles éthiques » et « Coda : le rendez-vous bergamasque ».
Dès l'abord, Onfray invite le lecteur à partager le récit d'un voyage qu'il fit en Italie, plus précisément dans le golfe de Gênes, puis à Venise, sur les traces de « Zarathoustra, fils de Portofino et de Sils Maria » et qui se clôt, dans la dernière partie de cet ensemble, dans la région du lac de Côme, à Bergame, « dans le mausolée de Bartolomeo Colleoni », le Condottiere que l'auteur élève au rang de figure emblématique de la Renaissance à laquelle demeurent associées les vertus indispensables à la réalisation de la sculpture de soi, sujet éponyme du développement philosophique proposé ici.
Ainsi, Michel Onfray assimile le Condottiere à la figure de la « complétude » et à un « modèle d'équilibre », comparant ses qualités à celles d'Hercule (« Le Condottiere apparaît telle une "figure faustienne" dont Hercule serait le dieu de tutelle. Pratiquant la virtuosité, parente de la vertu sans moraline, il magnifie la conduite, le talent pour commander aux parts qui, en nous, veulent l'empire et la toute-puissance. ») Le Condottiere est de fait l'artisan de sa propre vie, ayant à l'égard de la morale, des principes éthiques, une position contraire à l'« esprit religieux » ; car il est d'abord un athée, « un athée joyeux et pourfendeur, ennemi de ce qui lie et relie, amoureux passionné de ce qui sépare et creuse des fossés, installe des différences, exacerbe les singularités ». Il est « solaire » et « ne sacrifie à aucun idéal collectif ». Un portrait qui dénote qu'être soi-même demeure un processus réaliste qui s'ancre par conséquent dans l'immanence. L'éthique est avant tout un rapport direct au réel, sans quoi l'individu s'oriente vers « le culte de l'abstraction », lequel, précise l'auteur, « débouche sur la fabrication d'un monde » où « se jouent les aliénations ».
Ensuite, le Condottiere se double d'un artiste. À la figure du philosophe est liée celle de l'artiste. En lui se réalise le projet alliant l'éthique à l'esthétique (« Le Condottiere est un artiste, un metteur en scène de situations, le sculpteur de sa propre statue. Où l'on retrouve le "philosophe-artiste", ardemment voulu par Nietzche, celui dont le signe distinctif est la capacité à inventer de nouvelles formes d'existence. ») Le Condottiere pratique en effet le style (« Pas d'oeuvre digne de ce nom, donc, sans manifestation d'un "style", sans distinction d'une manière, l'un et l'autre supposant une main particulièrement habile [...] Un outil, le prolongement de l'âme et l'instrument de l'esprit, la médiation entre l'intérieur et l'extérieur... ») L'éthique du Condottiere est une éthique dispendieuse, de surcroît, qui s'oppose radicalement à la morale du bourgeois (« L'antithèse de l'artiste dispendieux est donc le bourgeois. D'un côté, l'animal qui étend son territoire et parcourt les contrées, de l'autre le légume vissé au lieu qui l'a produit... ») D'un point de vue esthétique, l'artiste élabore « l'oeuvre ouverte » : «... sa nature suppose qu'elle est nouvelle à chaque considération dont elle fait l'objet. Jamais terminée, toujours en mouvement, obéissant à sans cesse plus de sollicitations, elle ne se fige à aucun moment. »
Enfin, l'auteur insiste sur l'importance du langage dans le cadre de la relation à l'autre. Être soi-même, bâtir son caractère, c'est aussi savoir vivre en société et créer des liens. L'amitié s'avère, à cet égard, une vertu fondamentale prenant forme sur la base du processus langagier : « Il serait bon, corrobore Onfray, de saisir la précarité de toute relation langagière qui ne prend pas modèle sur le performatif en suivant, à la trace, les effets éthiques produits par la subversion du langage dans l'humour, l'"ironie" ou le cynisme : combien de plaisanteries installent le malaise quand elles ne sont pas entendues telles qu'elles ont été prononcées ? » Quant aux relations d'ordre amoureux, Onfray réhabilite le concept, et surtout la pratique, de « l'amour courtois » (« J'aime me souvenir de l'érotique des "troubadours" [...] Les femmes n'y sont pas des objets, mais des sujets auxquels on n'a de cesse de montrer leur nature subjective. »)