Livre important et approfondi sur la notion d'égalité et son évolution (théorique et concrète) depuis le XVIIIe siècle en France, en Europe et aux Etats-Unis. Il devrait alimenter les débats politiques dans l'année électorale 2012. Assez dense, il est bien organisé et rédigé d'une façon claire. C'est dans une certaine mesure un livre de chercheur engagé, mais Rosanvallon résume bien les diverses thèses avant de prendre position. Ainsi, on apprend beaucoup même si l'on ne suit pas l'auteur dans toutes ses argumentations et préconisations. J'étais particulièrement intéressé par sa discussion de la théorie de la justice (Rawls, Sen), et également intrigué par les propositions plus ou moins radicales qui ont été avancées depuis deux siècles pour favoriser l'égalité, dont certaines restent d'actualité. Seul bémol: la conclusion, où il préconise à la dernière page, sans véritable explication, une "renationalisation des democraties". Construire une "société des égaux" fondée sur la singularité, la réciprocité, et la "communalité" me semble un objectif louable, mais il ne faut pas la limiter au cadre national; on peut construire des solidarités aux niveaux local, regional, national et supra-national (l'Europe et au delà), à travers des interactions en face à face avec citoyens (ET non-citoyens), mais aussi des échanges virtuels (l'auteur évoque trop peu le rôle de l'Internet, les réseaux sociaux, et les nouvelles technologies dans une telle construction).