Ouvrage passionnant, rédigé en tant que thèse de doctorat vers 1930, mais publié bien plus tard, donnant un éclairage original sur l'évolution des couches dirigeantes françaises sous Louis XIII et Louis XIV, moment crucial où le système de la monarchie absolue prend sa forme aboutie.
D'une lecture ardue (entre autres à cause des caractères minuscules dans lesquels il est imprimé, reproche assez général pour cette collection "Champs"), il ne prend tout son relief qu'à la lumière de deux autres livres d'Elias, rédigés dix ans plus tard ("La civilisation des m½urs" et "La dynamique de l'Occident"). Il faut le considérer comme complémentaire à ceux-ci. Dans "La civilisation des m½urs", Elias décrit le processus de diffusion des "valeurs" régissant les conduites sociales des individus à partir des couches dirigeantes vers la bourgeoisie et les classes moyennes, et la progression d'une autodiscipline qui rend possible l'élargissement du champ des "libertés", sur une période qui va d'Érasme à la Révolution et au triomphe de la bourgeoisie. Dans "La dynamique de l'Occident", il situe ces processus dans le contexte plus vaste de la construction des États-nations à partir du Moyen-Âge, et de la constitution des "cultures nationales". "La société de cour", elle, décrit la mécanique à l'½uvre au sein des couches dirigeantes et les efforts parfois laborieux du pouvoir royal pour affirmer son autorité sur celles-ci.