Lire « La société du spectacle » n'est pas chose aisée.
Non pas que ce livre soit particulièrement difficile en lui-même, mais parce que cette difficulté tient à la nature même de son objet.
Dévoilant la structure centrale de l'aliénation dans laquelle baigne la plus grande part de l'humanité depuis quelques décennies, celle-ci a fini par croire que cela était son milieu naturel ou tout au moins que l'on n'avait d'autre choix que de s'y adapter.
« Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation. »
Saisir cette misère qui est la notre dès que nous cédons à la pression dominante, c'est aussi comprendre son origine qui se trouve essentiellement dans la prise de pouvoir de la logique marchande sur toute réalité humaine, sa mondialisation.
Le spectacle, pour chaque être humain, est donc avant tout cet effort pitoyable, ce reniement permanent, par lequel il essaye de devenir marchandise pour complaire à un monde qui désormais ne reconnaît plus rien d'autre.
Du point de vue de la domination, le spectacle est l'instrument qui permet de contraindre à cette misère.
C'est donc en fonction de ce qui lui reste comme autonomie de pensée que chacun jugera de l'importance de l'effort nécessaire pour lire et comprendre ce livre.