Voici le quatrième, et très attendu, épisode des aventures torturées de Tony Hill, psychologue clinicien, et Carol Jordan, inspecteur principale à la police de Bradfield. Nous avions laissé nos héros dans un triste état, après une longue et douloureuse enquête en Allemagne. Les revoilà dans leur fief ! Ils sont confrontés à deux enlèvements d'enfants non élucidés, et à une série de meurtres abominables sur des prostitués. Le hic, c'est que le modus operanti est strictement le même qu'une série de crimes antérieurs, et dont le coupable avait été retrouvé et condamné...
Ce qui élève cette série signée Val Mc Dermid au dessus de la moyenne, ce sont ces personnages : le docteur Hill et l'inspecteur Jordan, ici plus fragilisée que jamais. Carol Jordan doit dirigée une nouvelle cellule, montrer à tous que son autorité et sa compétence sont intactes, alors que c'est une femme traumatisée par un viol. Ses relations privées avec Tony Hill sont plus ambiguës et tendues que jamais.
Ce qui fait aussi tout l'intérêt de cette série, c'est la manière dont l'auteur fouille les âmes brisées, les psychés, les souffrances. Je dois dire que sur cet épisode, Val Mc Dermid passe sans doute à côté. Certes, la spécificité de son tueur est très originale, machiavélique, c'est une brillante idée scénaristique. Mais Mc Dermid n'explique pas réellement les motivations, les raisons profondes. Ni la manière de s'y prendre. Il y a toujours ce ballet de seconds rôles, les inspecteurs, les adjoints, que l'ont suit d'années en années. C'est une bonne chose. Sauf que l'auteur lance un certain nombres de petites histoires secondaires (chacun espionne tout le monde), sans aller jusqu'au bout, sans que l'on comprenne réellement pourquoi, et sans que cela ait une implication sur l'intrigue principale.
LA SOUFFRANCE DES AUTRES bénéficie toujours du style très efficace de Mc Dermid, pas de chapitres, des paragraphes courts, une action qui progresse sans cesse, à chaque page un élément nouveau, des questions, des doutes. Ce livre est violent, dur, attention aux lecteurs sensibles. Les 50 dernières pages sont haletantes à souhait, c'est un modèle de narration dans le crescendo final. Mais le roman est aussi plus court que les précédents, moins fouillé. Il perd de sa spécificité, ressemble plus aux autres. La série s'épuiserait-elle ? Espérons que non !
Rappelons qu'il faut lire ces livres dans l'ordre chronologique, et que, si ce quatrième épisode n'est pas le plus réussi, l'ensemble de la série reste un modèle du genre, une plongée dans les eaux troubles et poisseuses de l'âme humaine