« L'hiver arriva comme une suite de couleurs en demi-teintes ; Lucien peignait avec application les valeurs qui pâlissaient. En mars quelque chose devint tout à fait évident : Lucien n'avait aucun talent. Boire et courir les femmes lui sembla la seule solution. Aussi, brusquement, le solitaire mystérieux quitta son ranch pour devenir un pilier de bistrot. Il apprit à dormir sur le juke-box. Il ramenait souvent ses compagnes à la source bleue, où ils jouaient, se trempaient et se traînaient dans la boue chaude pour faire l'amour comme des ivrognes. Toute tentative joyeuse ne faisait qu'enfoncer plus profondément la partenaire dans la boue. Grogner en pataugeant pendant que ses membres faisaient des bruits de succion, Lucien s'en rendait compte, était une façon de briser la glace pour les filles les plus timides. Lucien espérait un jour transformer l'endroit en source thermale. »
Un roman qui se déchiffre comme une peinture ; les images se dévoilent et se cachent dans la beauté des couleurs, la fluidité des ombres et des teintes qui masquent la rigueur du Montana. Thomas McGuane est drôle par moment, et corrosif par endroit où la description des rapports sociaux et humains sont sans compassion aucune. La source chaude fut mon premier McGuane mais depuis les rayons de ma bibliothèque en ont découverts d'autres.
Un Thomas McGuane entre deux Jim Harrison, voilà la vie au Montana comme je l'entends !