Bien malin celui qui pourra classer ce chef d'oeuvre dans une catégorie. Tout ce qu'en disent les critiques est vrai: roman bourgeoisn récit d'un itinéraire initiatique, prise de conscience de la Russie en formation par elle-même, oeuvre jubilatoire qui exprime un plaisir d'écrire exceptionnel et nous le donne à partager... Ily a, il y aura toujours quelque chose de plus à ajouter. Iegoroutchka, en route vers le collège, l'internat, l'éducation, traverse la steppe et, ce faisant, distend le cordon ombilical en même temps qu'il découvre son pays, âpre, beau, inquiétant, et peuplé, le mot est excessif, de bien drôles de gens. Oui, mais la nature elle-même semble dotée d'une vie singulière: "... lorsque le soleil commença à baisser vers l'ouest, les collines, la steppe et l'air lui-même ne purentplus supporter leur accablement. A bout de forces, exténués, ils tentèrent de secouer leur joug. Un nuage bouclé, d'un gris cendré, émergea inopinément de derrière les collines . Il échangea un coup d'oeil avec la steppe, comme pour lui dire: je suis prêt, et prit un air menaçant..." " Où est la déformation, dans l'oeil de l'enfant ou dans notre propre regard blasé? Il faut prendre ce récit unique, inouï, dans la totalité de ses harmoniques, et accepter d'affronter la poésie et le lyrisme à l'état pur. Un texte vraiment inépuisable.