Comblé d'éloges et de prix outre-Atlantique, Ted Chiang débarqua en France en 2006 avec ce recueil de huit nouvelles, soit toute sa production littéraire entre 1991 et 2002, et l'accueil critique fut majoritairement positif. Pourtant lues sans attente excessive, ces nouvelles m'ont procuré peu de vrai plaisir de lecture.
Ted Chiang, à mon avis, n'est pas un conteur. Comme l'indiquent ses courts commentaires en fin d'ouvrage, ses histoires sont construites autour d'une ou deux grandes idées originale mais l'auteur peine à faire oublier ce coté artificiel : de fait ses nouvelles sont rarement creusées et bien construites, les péripéties, les décors et les personnages sont pauvres, peu d'atmosphère s'en dégage et la banalité du style ne relève rien. L'histoire est au service des idées et la narration suit souvent une argumentation théorique.
Pourtant ces idées de bases ont un réel potentiel : limite supérieure de l'intelligence, incohérence des mathématiques, certitude de l'existence de Dieu... et l'auteur vulgarise au passage des choses intéressantes comme les principes variationnels. Mais il s'agit ici de nouvelles et leur intérêt littéraire reste faible. Mis à part "Une histoire de ta vie", instructive et touchante, et "Aimer ce que l'on voit : un documentaire", bon essai sur la beauté et la rhétorique, l'ensemble se partage entre "bof" et "bien, sans plus".
Si vous êtes un habitué de la SF, les thèmes de ces nouvelles rappelleront Priest, Keyes, ... mais sans leur invention, leur "sense of wonder". Si vous découvrez ce genre, ce recueil risque d'être trop technique si les sciences vous intéressent moyennement ou trop simpliste si vous connaissez déjà quelques grands ouvrages hors-SF.
Bref il y a des enthousiasmes assez surprenants et le succès de cet auteur en est un.