De mon point de vue, les films français se classent pour beaucoup en deux catégories (bien entendu, et fort heureusement, certains films ne correspondent à aucune de ces deux catégories et le cinéma français recèle quelques très belles pépites) :
- ceux sans imagination, opposant de manière obsessionnelle « les riches », avec tous les défauts caricaturaux que l''on peut leur imaginer, et les moins riches, qui souffrent de l''arrogance et du manque de scrupule des premiers (j''aurai certainement l''occasion l''un de ces jours de commenter le film « Le hérisson », qui représente parfaitement bien cette catégorie).
- ceux qui s''essayent à plus de complexité et tentent de nouer une intrigue psychologique un peu plus évoluée. Ceux-là sont souvent volontairement assez lugubres, avec une atmosphère relativement sombre confinant à l''étrangeté.
« La tourneuse de pages » appartient à cette deuxième catégorie.
Si le point de départ de l''intrigue semble ici un peu léger, voire anecdotique ou un peu « tiré par les cheveux », quelques hasards heureux favorisent ensuite la préparation de la mise en situation (le fameux « manque d''imagination » de beaucoup de scénaristes français, de mon point de vue), jusqu''à ce qu''on puisse entrer dans le vif du sujet.
Là, l''intrigue est un peu mieux menée et emporte malgré tout le spectateur, malgré (ou avec) la froideur de l''atmosphère et le caractère quelque peu sinistre de la musique choisie à bon escient (passons sur les invraisemblances).
Servi par deux bonnes actrices, en particulier une Catherine Frot toujours irréprochable, le film adopte son rythme de croisière et parvient à ménager quelques incertitudes quant au dénouement. Et la lourdeur de l''atmosphère fait oublier que le film est court (j''étais très surpris, avant le visionnage, de la faible durée, mais celle-ci convient finalement ; des rajouts auraient été inutiles).
En fin de compte, malgré le manque d''imagination par moments, le thème de départ est assez plaisant (même si je regrette toujours beaucoup la manière dont il est amené) et le film nous réserve tout de même quelques surprises (même si étonnantes et si l''on peut avoir de la peine à y croire).
Par ces arguments, même si ma raison me conduit à penser que ce film ne vaut pas plus de deux étoiles, le c½ur me conduit à accorder plus généreusement trois étoiles (trois et demie aurait, à vrai dire, été parfait) car, comme le dit la célèbre citation (de qui, d'ailleurs ? participez au grand jeu gratuit, si le c½ur vous en dit), « le c½ur a ses raisons, que la raison ne connaît point ».
Dans un autre genre, mais touchant toujours au domaine du piano (avec quelques petits points communs), je vous conseillerais le dessin animé japonais « Piano forest » de Masayuki Kojima, que j''ai trouvé bien plus subtil et émouvant. Mais encore faut-il que votre c½ur vous conduise à accepter l''idée de voir un dessin animé (parlons de « film d''animation », conseille la raison).