Jean-Luc Gréau est un économiste réputé qui connaît non seulement la macro-économie, mais aussi, les acteurs de la micro-économie que sont les entreprises. Sa précédente fonction de chef économiste au sein du Medef peut éclairer cet aspect indispensable pour la compréhension des rouages de l'économie. Jean-Luc Gréau séduit par la qualité de la démonstration le lecteur engagé professionnellement dans le conseil aux entreprises, aux dirigeants d'entreprise, soucieux du bien social, de l'emploi, du rayonnement de la France.
Jean-Luc Gréau ne défend pas pour autant un capitalisme industriel "mythique". Il défend au contraire une certaine idée du développement du capitalisme industriel national, européen. Il est décidément orienté vers l'avenir, et du passé néolibéral, il nous aide à faire table rase.
L'habit "scientifique" de l'idéologie néolibérale est la théorie des avantages comparatifs de Ricardo. L'auteur liquide cette théorie en la situant sur le plan microéconomique : comment une entreprise de chaussures d'un pays A en avance sur son concurrent du pays B accepterait de se transformer en industrie informatique afin d'établir avec le pays B, à qui l'activité de fabrication de chaussures serait confiée, un courant d'échange commercial ? Aucun sens. En outre, "Les avantages comparatifs, lorsqu'ils existent, ne sont pas attribués une fois pour toute" (p. 41). L'exemple de la création puis du développement de Toyota au Japon confirme l'exposé.
Il est nécessaire de protéger nos industries, en Europe. L'Europe, telle qu'elle est gouvernée, est convaincue de neolibéralisme (cf. les commissaires européens à la concurrence). Elle n'est pas une "forteresse économique". Bien au contraire. L'espace européen est le plus ouvert au monde.
Peut-on encore accepter le protectionnisme de fait du Japon qui interdit à ses citoyens de travailler pour des importateurs (hormis quelques secteurs périphériques, tels que le luxe, les parfums, la haute couture, le vin) ?
Peut-on encore accepter le diktat économique de la recherche du profit maximal initiée par le capitalisme boursier anglo-américain dès les années Reagan - Thatcher, soit depuis 1982, qui se traduit par la délocalisation de la production, le transfert gratuit de savoir-faire technique, de services dans des pays à bas coûts de main d'oeuvre (exemple : Chine, Inde) ? Non. Pays qui encouragent la contrefaçon qui plus est (cf. Shanghai)?
"L'intérêt des actionnaires l'a emporté sur l'intérêt des entreprises et, par voie de conséquence, l'intérêt individuel et collectif des entreprises subordonnées à leurs actionnaires l'a emporté sur l'intérêt des nations." (p. 49).
La liquidation de l'idéologie néolibérale passe également par celle de leurs ouvrages au nihilisme militant dont le rapport Pébereau sur la dette de la France (cf. l'ignoble
Rompre avec la facilité de la dette publique : Pour des finances publiques au service de notre croissance économique et de notre cohésion sociale) nommément critiqué.
"L'impératif de la protection commerciale devrait être inscrit en première ligne des calendriers politiques de l'Union européenne, en passant si nécessaire sur le corps des commissaires à figure d'ayatollahs qui sévissent dans la grande officine néo-libérale de Bruxelles." (p.69)
Nous espérons que les responsables politiques, désireux de rompre avec le néo-libéralisme responsable de la gigantesque crise financière actuelle, comprendront la nécessité de définir une protection commerciale en Europe (en dépassant le concept fondateur de la préférence communautaire) étendue aux pays occidentaux à économie industrielle comparable (Etats-Unis, Canada).
Repenser notre économie de nature hyper-industrielle et non post-industrielle est une invitation réussie de l'auteur que je remercie pour la qualité hors norme de l'honnêteté, de la rigueur scientifique et du courage. Merci Monsieur Gréau.