Si vous aviez débarqué en Hollande fin 1636, vous auriez un peu eu l'impression d'arriver à Wall Street juste avant le krach de 2008 : les financiers s'étaient enrichis au delà de l'imaginable grâce au commerce (déjà) mondialisé et les Pays-Bas vivaient leur âge d'or. Ce peuple de commerçants habituellement si raisonnable et féru de botanique s'était même pris d'une passion irraisonnée (ce qui, après tout, est le propre de la passion !) pour les tulipes venues de l'Orient mystérieux : c'est à qui s'offrirait les plus belles. Certains nouveaux riches étaient prêts à dépenser le prix d'une maison ou l'équivalent de 40 années du salaire moyen d'un ouvrier pour acquérir un bulbe rare... Bientôt, presque plus personne n'eut les moyens d'acheter des plantes entières et on se mit donc à spéculer sur les... parts de bulbes ! Et soudain, en février 1637, à la suite de rumeurs sur une possible surproduction à venir qui ferait baisser les cours ou simplement parce que certains réalisèrent enfin l'irrationalité du phénomène, la bourse s'effondra. En quelques semaines, les prix des tulipes furent divisés par 10, puis par 50 ! Les spéculateurs se retrouvèrent ruinés et une bonne partie de la puissance hollandaise se 'fana' instantanément. (A l'époque, le reste de l'Europe, qui avait observé avec effarement cette folie, fut heureusement relativement protégé de la récession).
La légende s'est emparée de cette première bulle boursière sans que les spéculateurs de tous poils en aient jamais tiré de leçon : la finance ne peut rester durablement déconnectée de l'économie réelle. Quel dommage qu'on n'enseigne pas le Storytelling et l'historiette de cette Tulipomania à l'école pour le plus grand 'profit' des futurs Jérôme Kerviel et de leurs épigones de Wall Street et de Londres !Ceci dit, aux Pays-Bas, les champs de tulipes attirent toujours autant les touristes !
Le livre est bien écrit et fourmille d'anecdotes