En 1952, Le film d'Henri Decoin clôt en beauté la vague des films noirs à la française, genre dont le réalisateur fût l'un des meilleurs artisans...
SYNOPSIS : Sur son lit de mort, François Donge, gros industriel se remémore ses dix années de mariage avec Elisabeth d'Onneville dite "Bébé", qu'il a déçue, humiliée et trompée. Il comprend que Bébé qui l'a aimé éperdument et qui le hait désormais, l'a empoisonné. Il prend conscience des erreurs commises envers elle et commence seulement à l'aimer...
Si le public de 1952 boude la sortie de "La vérité sur Bébé Donge", les générations suivantes répareront cette injustice en le considérant comme l'un des films les plus marquants de cette période, Même les pourfendeurs de la fameuse "Qualité française" (tant décriée par Truffaut et ses amis des cahiers du cinéma) se sentiront tenus de faire une exception pour cette adaptation du roman éponyme de Simenon...
De fait, tout concourt ici à créer une oeuvre saisissante... Construite en flash-backs, l'intrigue du film permet de retracer l'histoire du couple Donge sur une longue période. Le scénariste va conserver la trame narrative du roman, tout en modifiant sensiblement le rapport de forces entre les personnages principaux.
En réunissant Danielle Darrieux et Jean Gabin pour ce drame conjugal atypique, Henri Decoin signe l'une de ses plus grandes réussites. Néanmoins, le film ne totalise que 85 000 "entrées Paris", ce qui constitue un véritable échec.
Un désaveux commenté ainsi par l'actrice : "Gabin en victime résignée, et moi en meurtrière impassible, c'était aller délibérément contre les goûts et les attentes du public. Les spectateurs étaient déçus, presque furieux." Mais s'ajoutant à ses contres-emplois, le propos du film était sans doute aussi trop moderne... Quoi qu'il en soit, ce malentendu avec le public sera d'autant plus regrettable que, pour Gabin, il s'agit assurément du meilleur film qu'il ai tourné entre 1941, année de Remorques, et 1954, celle de Touchez pas au grisbi.
Et si le personnage de Bébé Donge apparaît de prime abord comme une "garce", typique du film noir, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'elle répond simplement aux souffrances que lui a infligées son mari. Le film évoquant l'oppression des femmes dans l'institution du mariage ainsi que l'aliénation des hommes...
Quant aux magnifiques tenues de Bébé Donge, elles seront dessinées par Pierre Balmain...La prestigieuse troupe d'acteurs pressentie par Decoin comprend les noms de Gabrielle Dorziat, Jacques Castelot et Claude Génia. Mais la vraie star du film, c'est Danielle Darrieux. Divorcée du réalisateur depuis 1941, Decoin et Darrieux formaient jadis, le couple le plus en vue du cinéma français depuis 1935. Elle tournera neuf films sous sa direction.
Enfin, la revue professionnelle "Le Film Français" décernera le prix du meilleur acteur de l'année à Jean Gabin !