Pour un lecteur occidental, "la vie de Naropa" présente plusieurs difficultés.
Il s'agit d'une oeuvre élégiaque destinée à l'édification et à l'instruction des fidèles. Le vocabulaire utilisé et les notions strictement religieuses qui y sont brassées demeurent donc impénétrables au profane, en dépit du glossaire.
Ensuite, elle détaille les épreuves aboutissant à l'Eveil du célèbre sage indien mais l'on y cherchera en vain une quelconque sagesse applicable à soi-même. L'Eveil d'un autre n'est pas d'une grande utilité pour celui qui y assiste : "L'expérimentation de la réalisation est indicible" (p.84).
D'un point de vue narratif, la moitié du texte conte les tribulations de Naropa, ses rencontres et ses déconvenues dans un style ésotérique et poétique, souvent hermétique : "Après avoir reçu l'initiation du vase, il est nécessaire de reconnaître l'absence de nature propre de la pure divinité apparaissant en vision"(p.87).
Enfin, la nature magique supposée du texte le rapproche des mantras bouddhistes, sans exclure des rapprochements nombreux avec les védas hindous. On y découvre une mythologie peuplée de dieux, de démons, de paradis et d'enfers ou une doctrine qui suppose l'ascèse, pratique la culpabilisation et vante les mérites de la mortification: "Il est juste que tu te frappes pour savoir que souffrance et béatitude ont le même goût" (p. 106).