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5.0 étoiles sur 5
Un film bouleversant, 19 juin 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : La vie d'o-haru, femme galante (DVD)
Ce film de 1952 est l'un des plus bouleversants de Mizoguchi, c'est aussi celui qui est à l'origine de sa gloire en Europe (présentation du film en bonus).
Une prostituée trop âgée pour avoir des pratiques se souvient de son passé. Comment en est-elle arrivée là, elle issue d'une famille honorable ? Il y a un événement de sa jeunesse, il y a aussi la constance dans la malignité de la Fortune, il y a aussi la hiérarchie sociale, le pouvoir exclusif des hommes dans la société et même, pour compléter ses malheurs, sa propre noblesse de comportement et le sentiment de sa dignité personnelle. Certains de ceux qui sont à l'origine de sa chute lui reprochent sa conduite impardonnable... Bien sûr, O-Haru est passive dans sa vie, mais en cela n'obéit-elle pas aux idéaux de la société, qui font de la femme une éternelle mineure ?
Ce film manifeste les opinions de gauche et féministes de leur auteur, à travers une intrigue placée dans la période Edo, ou Tokougawa (1603-1868)), qui est une époque de rigidification des valeurs japonaises dans un régime politique et social des plus autoritaires. Le film est ainsi plus acceptable pour la censure, mais c'est aux Japonais de son temps que Mizoguchi s'adresse. Les idéaux de Mizoguchi sont connus, mais il ne s'agit pas d'une gauche compassée, puritaine et phobique de la political correctness ou du dogmatisme marxiste-léniniste, mais de celle de la critique sociale fondée sur la souffrance des êtres et de la recherche explicite des moyens d'y mettre, autant que possible, fin. Le film n'est pas didactique, même si les idéaux d'O-Haru sont issus en partie du message d'un personnage de son histoire avant d'être exécuté. On peut retrouver un tel type de message, vraie intervention de l'auteur, dans un film comme l'Intendant Sansho, mais le précepte est davantage intégré comme un des moteurs centraux de l'intrigue et pas seulement de sa fin que dans le film de 1954.
La mise en scène est comme de coutume très sobre, les choix techniques de l'auteur étant d'autant plus heureux qu'on n'y prend pas garde. On remarque de nombreuses ellipses temporelles, les épisodes de la vie d'O-Haru semblant ainsi fragmentés, à l'image d'une destinée en miettes qui échappe au personnage. C'est du moins ce que le spectateur peut perçevoir à la longue, après un certain nombre de séquences. Parmi les éléments de continuité, il y a la réapparition d'un certain nombre de personnages et surtout la rencontre avec une vieille prostituée devenue mendiante, ce qui annonce indirectement le destin d'O-Haru. Si l'acteur le plus célèbre du film est Toshiro Mifune, le seul acteur japonais bien connu en Occident, il n'est présent que brièvement, le film étant centré du début à la fin sur Kinuyo Tanaka, admirable d'expressivité discrète, qui incarne O-Haru. Ce choix peut sembler problématique, une actrice d'une quarantaine d'années devant jouer le rôle d'une jeune fille et d'une femme mûre, même si le maquillage peut atténuer la difficulté. Peu nous importe au fond le sentiment fugace d'invraisemblance qui en résulte, pour un film d'une telle force.
On comprendra que j'ai évité d'en dire plus sur les détails de l'intrigue que ce qui en apparaît au début du film, j'espère y avoir réussi, au prix d'une certaine abstraction ou imprécision de mon propos.
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