Le changement dans la continuité : c’est après pratiquement trente années de bons et loyaux services (de son propre aveu, le saxophoniste Brian Travers et lui ne pouvaient plus se sentir) que le fondateur et chanteur de UB 40 Ali Campbell a tiré sa révérence, entamant in petto une carrière en solo. Mais pas de panique, l’autre leader du combo (et frérot du subséquent) le guitariste et choriste Robin Campbell n’a pas cherché très loin un remplaçant à cette voix millésimée…puisque l’heureux élu n’est autre que le petit frère, Duncan. Quant au claviériste Mickey Virtue, lui aussi sur le départ, il a été remplacé par Tony Mullings. Fin des soubresauts, pour un groupe britannique qui, créé en 1978, compte en effet encore six de ses membres fondateurs en son sein.
En outre, et comme on peut aisément le deviner, Labour Of Love IV constitue le quatrième volet des aventures du groupe de Birmingham au royaume des reprises, une initiative par le passé couronnée de succès – le mot est faible – avec les hits « Red Red Wine » (1983), « The Way You Do The Things You Do » (1989) et « Holly Holy » (1998). L’album ne fait que confirmer la révérence permanente des Britanniques face aux fondamentaux du ska, et, plus généralement, de la musique jamaïcaine des années 60. Ramenées à la réalité de leurs propres options (suavité et tendresse sont dans un bateau, personne ne tombe à l’eau), ces choix permettent de développer un solide programme (quatorze chansons) tout à fait agréables à entendre, et paisibles à avoir chez soi.
Grosso modo, les reprises se partagent en deux axes : quelques incunables du rocksteady (« Holiday » des Paragons, « Man Next Door » signé John Holt, chanteur des précédents, et à qui Blondie doit son tube planétaire « The Tide Is High », ou « Get Along With You Now » des Melodians), et des visites décontractées dans des standards de soul music. « Track Of My Tears » de Smokey Robinson se voit ainsi agrémenté du rythme caractéristique du reggae, sans que cela choque le moins du monde. On sera plus réservé face au « Bring It On Home To Me » de l’immense Sam Cooke, totalement vidé de sa substance dramatique par le passage à la moulinette rythmique. En revanche, les préventions tomberont face à la version du « Cream Puff » de Johnny Nash, et grâce au dodelinement et la délicatesse de « A Love I Can Feel », autre partition signée Holt. C’est dans le même registre qu’on saluera le rendu du « You’re Gonna Need Me » d’Erroll Dunkley, autre star de l’île où naquit Marley.
54 hit singles dans leur pays d’origine, 70 millions d’albums écoulés de par le monde, UB 40 assure dans Labour Of Love IV les principes qui ont édifié sa carrière : un reggae blanc, policé, onctueux, sans génie, mais débordant de chaleur humaine.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story