Si "Ladies & Gentlemen, We Are Floating In Space" est - à juste titre - considéré comme le grand oeuvre de Jason Pierce (aka Spaceman), c'est assurément en raison du caractère unique qu'il revêt. Jamais en effet quelqu'un n'avait rassemblé et mélangé tant d'influences disparates : Velvet, shoe-gazing, gospel, Beach Boys, free-jazz, ambient, garage... Résultat : tout est malaxé dans le chaudron toxique de Spaceman, qui en fait une sorte de grand kaléidoscope musical, un grand huit psychédélique perdu dans les nineties.
Seul problème, notre ami Jason est obsédé, et ne nous parle que de deux choses, ou presque : la Dope et Dieu (ce qui pour certains est du pareil au même), à travers lesquels il compte bien retrouver l'Amour perdu. D'où l'atmosphère plaintive et lancinante, voire oppressante, qui se dégage tout au long du disque. On aurait bien envie de l'aider, pauvre Spaceman, surtout quand sur le premier titre il réclame "un peu d'amour pour faire fuir la douleur"; mais c'est perdu d'avance, et l'on s'aperçoit rapidement que la grandiloquence spectorienne de la production n'est en fait qu'un exutoire aux angoisses permanentes de son créateur. Le départ de Kate Radley qui tenait les claviers - et le coeur de Pierce - fait doucement imploser le groupe, tandis que les médications en tout genre favorisent l'introspection maladive illustrée froidement sur "Cop Shoot Cop", clôturant l'album.Il serait impossible de décrire les douze titres, au risque d'effrayer le béotien et de froisser le connaisseur (à moins que ce ne soit déjà fait), mais une telle expérience mérite d'être vécue, de préférence seul et dans des conditions d'écoute décentes.Vous vous laisserez alors porter par les crescendos fiévreux et entreverrez peut-être, au fil des envolées électriques, l'éclat noir de ce chef d'oeuvre stellaire.