Troisième album Atlantic d'Aretha, Lady Soul est aussi le plus renommé avec I Never Loved a Man the Way I Love You, à juste titre, même si l'ombre que ces deux disques font aux autres (Aretha Now, par exemple) est regrettable. Comme elle l'avait fait avec Respect, Aretha démontre encore sa capacité unique à s'approprier et à transfigurer des chansons reprises à des confrères comme James Brown (Money Won't Change You), les Impressions (People Get Ready) ou les Young Rascals (Groovin'). Une fois que l'impératrice de la soul a mis la main sur une de ces chansons, c'est son interprétation qui devient l'originale, la plus vraie, la plus juste, la plus proche de la chanson. Elle présente aussi quelques chansons qu'elle est la première à chanter : Chain of Fools, de Don Covay, dont la version complète est donnée ici en bonus, et Natural Woman, commandée à King et Goffin. Il y a également quelques titres composés par Aretha et son mari de l'époque, Ted White : Since You've Been Gone et Good to Me As I Am to You, tous deux d'une efficacité rythmique ravageuse. Enfin, l'album s'achève sur une autre chanson originale, écrite par Carolyn, Ain't No Way, désormais indissociable de la légende d'Aretha. Lady Soul chante toujours avec une intensité maximale mais jamais grimaçante, une émotion retournée, indécente, mais jamais vulgaire. C'est cette façon de ne jamais fiare entrer en conflit une pure beauté esthétique et un investissement torrentiel qui définit le miracle Aretha. On en ressort épuisé, en morceaux, mais heureux et transformé.