Un film d'espionnage digne de figurer dans les ouvrages de référence du genre. J'ai vu ce film en novembre 2009 à Montréal dans le cadre du festival Cinémania et j'ai tout simplement adoré. Une ambiance extraordinaire s'en dégage. Christian Carion a réussi, à mon avis, à doser justement tous les éléments qui rendent son oeuvre des plus crédibles. L'action se passe dans les années 80 et, contrairement à plusieurs films s'évertuant à recréer une "ambiance années 80", Carion réussi à nous la proposer en toute douceur. Musique, décor, costumes, tout y est, mais en toute subtilité.
Mais il ne suffit pas de bien camper "l'enrobage", encore faut-il y croire; pour ce faire la direction d'acteur prime. Ici, encore on y croit: Kusturica réussi à merveille à rendre le tourment intérieur que ce colonel vit. Il faut le voir, dos voûté en avant-plan d'un paysage enneigé avec ce regard de loup. Délicieux.
On comprend et on sympathise avec Guillaume Canet, dans la peau de l'ingénieur de Thompson, dépassé par les événements. La rebuffade qu'il reçoit de Willem Dafoe à la fin est jouissive.
Un film d'espionnage qui est digne de ce nom doit comporter des scènes dites "classiques": rencontres discrètes, double entendre, photographie et échange de documents et répercussions politiques. Elles y sont toutes! Personnellement j'aurais aimé voir une scène où notre colonel soviétique pratique une manoeuvre pour semer des "collègues" qui pourraient subtilement le suivre. Ce genre de tactique qu'on enseigne aux apprentis espions qui consiste à initier plusieurs heures d'avance une rencontre avec un contact en parcourant la ville au moyen de plusieurs moyens de transport, parfois en rebroussant chemin ou en prenant une direction opposée pour semer ses adversaires potentiels. Pas grave. Les scènes "typiques" sont bien menées et, surtout, on prend le temps de les savourer (on est loin de James Bond où l'espion d'antan est devenu l'assassin d'aujourd'hui).
Un tour de force rarement rendu dans le genre: rendre à l'échelle humaine une histoire essentiellement politique qui n'est pas banale: le début de la fin de la guerre froide. À ce niveau Carion et son équipe a très bien structuré le récit où le dosage de scènes palpitantes et émouvantes s'entremêlent dans une symphonie cinématographique des plus captivantes.
Enfin, je me dois de mentionner que j'ai particulièrement apprécié le fait que, entre Russes, les dialogues se tiennent... en russe. Cette insistance montre à quel point Carion a cru en l'importance d'être authentique et a su communiquer son enthousiasme envers son projet à toute l'équipe.
Jusqu'à présent, ma référence française pour le film d'espionnage était Les Patriotes (1994). L'affaire Farewell l'a d'ores et déjà remplacé. Merci M. Carion pour ce bijou cinématographique.