Derrière cette brochette de stars, il y a sans doute un effet mode et quelques considérations commerciales, mais pourquoi s'en plaindre, à priori ? Que diable, les stars de l'opéra n'hésitent plus à enregistrer des intégrales Haendel ou Vivaldi, sans compter les récitals mais il me semble que c'est pourtant une première que de voir ainsi autant d'illustres gosiers s'intéresser au répertoire italien du XVIIème siècle. Dans le livret, on nous rappelle du reste que la créatrice à Mantoue du rôle fameux d'Arianne, le 18 mai 1608, fut une célébrissime cantatrice (et actrice) nommée Virginia Andreini. Et donc de convoquer les non moins illustres chanteurs du moment pour un répertoire qui ne s'émancipe cependant pas toujours de l'inspiration madrigalesque. Emmanuelle Haim a la grande intelligence de maintenir cet équilibre instrumental, mais que faire face à de tels monstres sacrés ? Si Villazon nous touche par la confondante beauté de son timbre, sublime Cavalli et Orphée en promesse - Patricia Ciofi divisera davantage. Son grand air du Maria Stuarda de Carissimi est un véritable ovni qui fera fuir ou envoûtera à jamais. A consommer cependant avec modération. Mes oreilles rendent plus volontiers grâce à l'élégance de Philippe Jaroussky dans un merveilleux Strozzi et au bel engagement de Natalie Dessay dans le Lamento della Ninfa, même si elle ne révolutionne pas vraiment la discographie. Hélas, ce qui justifie en quelque sorte le programme, le Lamento d'Arianne est d'une grande insignifiance. Véronique Gens est en effet incapable d'émouvoir et plombe l'ambiance. Malgré Joyce Di Donato, Marie Nicole Lemieux et l'excellent Christopher Purves, le disque ne s'en relève pas entièrement avec des prestations en demi-teintes de Topi Lehtipu et même de Laurent Naouri dont je suis pourtant un grand admirateur. Bref, un disque Festival assez inégal avec de réelles merveilles mais aussi quelques déceptions d'autant plus douloureuses qu'elles sont souvent très inattendues.