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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
"la fiancée de la fonataine scellée",
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'amour et des poussieres (Broché)
Lisez le dernier roman de Clémence Boulouque, d'abord parce que comme tous ses livres c'est toujours très bien écrit et qu'au détour d'une phrase ou d'une métaphore, on se plaît à entrer en résonance avec le ton juste qui recouvre la poésie des mots, ensuite parce que L'amour et des poussières porte l'espoir qu'on met en l'amour tout en assénant l'avertissement qu'on doit entendre face aux manipulateurs qui peuplent les rues de New-York et d'ailleurs...**************** Entre-t-on en amour comme en religion ? Fait-on profession de foi quand celui qu'on n'osait plus attendre parce que la vie ne nous avait montré jusque-là que son revers, sa face d'ombre et de mensonges, de promesses non tenues et d'infortunes, surgit tout à coup comme le prince prêt à effacer nos maux et à nous éveiller à de nouveaux mots ? Le prince eût sans doute mieux fait de rester dans un conte ou d'être transformé en crapaud ! A force d'étudier la vie et les poussières d'étoiles, a t-il eu aussi peut-être pour dessein de transformer l'amour en requiem de poussière. Invoquer le Cantique des Cantiques pour porter l'amour à son plus haut degré de sacralité et le réduire ensuite à sa plus petite fraction, l'ultime possessivité dessaisissant l'autre de soi-même. Le prince est devenu sorcier, manipulant les signes de la séduction, transformant tous ces heureux hasards ou correspondances qui font entrer l'autre dans la constellation de Vénus, en armes d'annihilation de son prétendu objet/sujet d'amour. Dora n'est plus une « fiancée - fontaine scellée », cet être avec qui il peut parler la langue maternelle dans un ailleurs devenu le berceau de leur amour, elle n'est plus cette femme avec qui il partage la poésie de Heine ou de Rose Ausländer. De femme elle est précisément devenue objet. Pygmalion à rebours, Ari ne veut pas insuffler la vie à sa création mais plutôt reprendre le souffle de la création de Dieu, s'instituer celui par lequel elle ne doit plus désormais que vivre et regarder le monde. Le monde tel que lui le voit. Oui, aimer c'est aimer à travers les yeux de l'autre. Mais lorsque cela ne se réduit plus qu'à cela, lorsque l'autre nous rend aveugle pour nous rendre dépendant en prétendant qu'il est un sauveur, de surcroît le sauveur de nous-même, il blasphème l'amour en dressant l'autel de sa tyrannie. Aimer c'est grandir l'un par l'autre, ce n'est pas diminuer l'autre. Ari a transformé la passion en manipulation, au lieu de la conduire vers l'amour qui s'échafaude de jour en jour avec des briques de déférence et de grâce plutôt que les seules poussières d'étoile. Dora a pu sortir du conte. Elle se réveille sans le baiser du prince, affirmant que la femme du 21è siècle est cette femme fragile et forte à la fois, capable d'aimer et de désaimer pour fuir le piège des manipulateurs pervers, qui se cachent sous le masque d'insoupçonnables hommes brillants. Avant d'avoir été un manipulateur, Ari a peut-être été un amoureux sincère. Un temps. « Mais les croyances et les rêves dilatent le temps, cette poignée de mois promettait l'infini : c'est avec un espoir qu'il est le plus difficile de rompre. » Oui, c'est avec un espoir qu'il est le plus difficile de rompre, et peut-être est-ce vital de ne pas le faire. C'est cette photographie que l'âme doit retenir. Ne pas rompre avec l'espoir, celui que cet amour aujourd'hui endeuillé a été sincère un temps et qu'un prochain amour pourra être plus grand. Savoir repérer les faiseurs d'illusions tout en retenant l'espoir d'un amour plus grand. Continue de « danser pour que le bonheur vienne à toi », Dora. « Fake it till you make it. » A lire absolument ! Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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