Admirateur de longue date d'Asimov, je n'avais pas encore lu ce recueil de nouvelles, que je considère après lecture comme l'un de ses meilleurs.
Vide-C : l'humanité est en guerre avec les Kloros, une race extra-terrestre. 6 terriens sont fait prisonniers dans un vaisseau Kloro alors qu'ils tentent de regagner la Terre depuis ses colonies. La seule issue semble être le Vide-C, le circuit d'évacuation par lequel on rejette les cadavres dans l'espace...
La nouvelle analyse les motivations des personnages et tente de démontrer que le plus intrépide n'est pas forcément celui qu'on croit. Flirtant avec la psychologie, l'explication finale est moyennement convaincante, mais le texte intrigue de bout en bout.
En une juste cause : peut-être le meilleur texte du recueil. Encore une fois l'humanité est en guerre avec une race extra-terrestre, les Diabolis... mais aussi contre elle-même, les colonies s'opposant farouchement à une union avec la Terre mère. On va ainsi suivre le raisonnement opposé de deux hommes : Richard Altmayer, idéaliste qui voit dans la réconciliation de l'humanité la seule alternative pour lutter contre les Diabolis et Geoffrey Stock, son "meilleur ennemi", qui grimpera les échelons de la hiérarchie politico-militaire au fur et à mesure de l'histoire, partisan d'une stratégie très différente qui éclairera le dénouement final.
Asimov s'inspire ici fortement et explicitement des guerres entre les Grecs et les Perses dans l'Antiquité, et la "philosophie" de la nouvelle est particulièrement cynique. Bien qu'assez incongrue et douteuse (l'auteur avoue d'ailleurs dans sa préface ne pas la partager), elle a le mérite de faire réfléchir.
Et si : Une nouvelle assez inhabituelle, qui relève plus du fantastique que de la SF. On suit le questionnement d'un couple marié sur les possibilités qu'ils se soient rencontrés différemment, dans le but un peu pervers de mettre à l'épreuve l' "évidence" de leur amour. Un petit jeu entièrement au conditionnel, comme l'indique le titre, qui va se révéler dangereux.
Assez intriguant au début, le texte se révèle finalement assez sage.
Sally : une histoire de voitures autonomes, qui rappelle beaucoup "Christine" ou "Maximum overdrive", de Stephen King.
Agréable et rondement mené, mais pas éblouissant.
Personne ici, sauf... : peut-être la nouvelle la plus faible du recueil. Un récit sur l'intelligence des machines sur fond d'intrigue amoureuse. Plutôt anecdotique.
Quelle belle journée ! : Sans doute mon texte préféré, avec "En une juste cause". On suit le petit Richard, un écolier, dans un San Francisco où toutes les maisons-bâtiments-écoles sont reliés entre eux par des Portes - et qui dit portes, dit téléportation. Un jour, la Porte de sa maison tombe en panne et Richard, devant se rendre à l'école, découvre le monde du dehors...
Même si l'idée n'est pas particulièrement neuve, le traitement qu'en fait Asimov est assez remarquable à mon avis. Et en ces temps où les scientifiques remettent beaucoup en cause les vertus de la société "hygiéniste" (isoler les enfants des microbes et bactéries de l'extérieur les rendrait très vulnérables aux allergies, nuiraient de manière générale aux capacités défenses de leur organisme et -paradoxalement- les mettrait plus en danger), le texte résonne de manière très actuelle, en plus de posséder son charme propre.
"L'amour, vous connaissez ? " : La nouvelle, qui donne son titre au recueil et raconte la tentative d'extra-terrestre d'observer deux humains copuler, est sans doute la moins intéressante. Un texte léger, que l'on oubliera assez rapidement.
Bien qu'inégal par nature, ce recueil se lit très vite et avec beaucoup de plaisir. "En une juste cause" et "Quelle belle journée !" témoignent du talent de l'auteur de "Fondation" et font sans aucun doute partie de ses meilleurs textes.
Ils justifient à eux seuls l'achat du recueil.