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5.0 étoiles sur 5
petit chef-d'oeuvre baroque, 17 janvier 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Landru (DVD)
On n'est qu'en 1962-63, et le rapport de Chabrol à la nouvelle vague est déjà problématique. On est a priori à fronts renversés : film historique en costumes et en couleurs, scénario et dialogues (très) écrits (par Françoise Sagan), Landru est l'antithèse de la cueillette du "réel" avec un grand R. Et pourtant... Chabrol interroge tout autant le rapport du cinéma à la réalité, mais par une voie opposée, c'est à dire en empêchant le spectateur d'oublier un seul instant qu'il regarde un objet artificiel : maquillage, costumes, décors, texte écrit, déclamation, et l'oblige ainsi à admettre que s'il marche, s'il y croit, c'est qu'il le veut bien, c'est que lui aussi est un acteur, une victime consentante de ce ballet sanglant, comme les femmes de Landru, son épouse, ses victimes, sa maîtresse, sa bonne, la guichetière qui lui vend, sourire aux lèvres, onze fois "deux allers et un retour" avec onze femmes différentes, les voisins qui ne manquent de fermer leur fenêtre à aucune des onze visites de l'indice des meurtres de Landru. Finalement, si le film ressemble à une pièce de théâtre (voir l'extraordinaire scène de la visite de Denner à Morgan, filmée en un plan fixe frontal dont le cadre épouse les contours d'une pièce, et aussi la dernière scène, où il manque un mur à la prison pour pouvoir filmer les deux côtés), c'est parce que la vie en est une. D'ailleurs, le scénario est conforme à peu de chose près en tous points à l'affaire Landru : là où Truffaut et Godard filment des fictions comme s'il s'agissait de la réalité, Chabrol filme la réalité comme si c'était une fiction théâtrale. Le dernier personnage que l'on voit à l'écran se présente comme "le substitut" : on est dans un monde de simulacres. La partie du procès approfondit encore la réflexion et l'amène à un niveau shakespearien : vous, spectateur, savez que Landru est coupable, mais jusqu'à quel point n'êtes-vous pas tenté de croire ses protestations d'innocence ? Il faut encore remarquer comment Chabrol inscrit le fait divers dans le contexte politique. Avant-dernier point, et non des moindres : les années 1910 et l'art nouveau étaient considérés au début des années 60 avec le même mépris que le gothique aux 17° et 18° siècles, symbole d'une civilisation abolie et arriérée. Ce style connaîtra un très fort regain dans les années 72-75. Avec dix ans d'avance, Chabrol l'utilise assez génialement pour créer un univers esthétisé et artificiel, qui tient de la vanité, tant le plaisir sensuel de l'ornement y recouvre la mort. Ajoutons encore quelques succulents numéros d'acteur et la messe est dite : s'il est parfois difficile de dire ce qui est prioritaire dans l'oeuvre foisonnant de Chabrol, Landru en fait partie, sans l'ombre d'un doute.
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