Je recommande vivement ce livre à tous les curieux de philosophie. Voilà une correspondance étonnante entre un philosophe a priori plus versé dans la métaphysique que dans la criminologie et Landru, homme affable rencontré par hasard, puis retrouvé, par voie de presse, inculpé de meurtres! C'est que dans toutes ces lignes, on découvre un Botul obsédé par la question des motifs, en pleine mouvance psychanalytique, et plus soucieux de vérité que de logique : un vrai scientifique. Mais ce qui fait le plus l'originalité de la pensée de Botul, c'est au fond l'intuition que l'inconscient, - que Freud se borne à décrire comme un ramassis de pulsions néfastes car réprimées -, l'inconscient donc pourrait porter des motifs altruistes. Botul ne sait pas si Landru est coupable : il le présume innoncent, mais il va plus loin : Landru pourrait être coupable, mais cela n'en renforcerait peut-être que plus le paradoxal attachement du philosophe. En parfait kantien, Botul fait confiance à ses intuitions : il voit, non sans justesse, en Landru un révolté des horreurs institutionnelles de la France, de l'Europe : la guerre (nous sommes en 1920), et l'exploitation des femmes. Pour Botul, c'est acquis : Landru libère les femmes, dans leur sexualité, et en leur donnant l'espoir d'être enfin traitées à égalité avec les hommes. Cette certitude est fondée avant même la question de la culpabilité matérielle, finalement secondaire en ces temps troublés. Botul ne l'aurait-il pas pressenti ? "l'existence précède" peut-être "l'essence", mais pas vraiment de beaucoup. Ce livre est une révélation sur le jeune homme tiraillé entre un certain arrivisme social, qui transparaît dans les lettres, et l'absolu qui deviendra son idéal : la renonciation à écrire formellement, comme l'on fait les plus grands Grecs.