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28 internautes sur 28 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
critique de Francois Tourane,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Laos, la guerre oubliée (Broché)
Plaidoyer pour un peuple traquéEn refermant les pages du dernier livre de Cyril Payen, on croit sortir dun cauchemar. On se dit que ce nest pas vrai, quil est impossible quun peuple de montagnards soit traqué, affamé, massacré par une armée sans code dhonneur, à quelques centaines de kilomètres de Bangkok, sans que quiconque proteste. Cest un vibrant appel au secours que lancent, par lintermédiaire du journaliste français, les quelque 18 000 Hmongs qui résistent encore, dans une jungle inhospitalière et avec quelques vieilles pétoires, aux assauts de larmée communiste laotienne : « une guerre implacable que le gouvernement nie en bloc, soucieux de ne pas alarmer les centaines de milliers de touristes et les investisseurs étrangers qui saventurent dans lun des derniers bastions marxistes de la planète. » « Laos, la guerre oubliée » est le récit dun reportage aux limites de limpossible, qui se confondrait avec un roman despionnage et daventure. Lauteur raconte dabord ses premiers contacts avec le réseau extérieur dassistance aux Hmongs, sa remontée de la filière, son infiltration mouvementée au Laos avec son caméraman Grégoire Deniau. Il en profite pour nous révéler, au passage, la quête de ses origines laotiennes, quarteron à la recherche dune grand-mère laotienne perdue dans les limbes de la mémoire familiale et de lhistoire tragique de lancien royaume du millier déléphants. Puis vient lheure du « voyage au bout de lenfer ». Une traversée de la jungle de plusieurs jours, dans les traces de deux guides intrépides armés dun vieux fusil et dune grenade. Larrivée dans le camp du chef Moua Toua Ther, un manchot ancien lieutenant de larmée secrète de la CIA au Laos. Une véritable Cour des miracles : 800 personnes à bout de souffle, errant dans la forêt depuis plus de trente ans, se nourrissant de racines et de rare gibier. Beaucoup sont orphelins, veuves, nombre sont mutilés. En 1989, le groupe de Moua Toua Ther comptait dix fois plus de Hmongs. Cyril Payen et Grégoire Deniau les rejoignent juste après une offensive de larmée. Sous leurs yeux vont mourir plusieurs des blessés, dont des enfants. Vision intolérable dun « peuple martyrisé pris entre lenclume de loubli et le marteau implacable de lextremination ». Sur un bout de papier, les anciens du groupe ont rédigé un message quils chargent leurs deux visiteurs de délivrer au monde libre : « Nous sommes à bout de forces. Nous mourrons de faim. Nous sommes sans défense face à cette tuerie. [] Nous sommes les victimes de guerres passées. » Alors on cherche avec lauteur les reponsables. On accuse, bien-sûr, le régime de Vientiane, qui nen finit pas de se venger des « laquais des Américains et de la CIA », menace par tracts d « assiéger, débusquer et faire sortir de [leurs] trous pour [les] exterminer lun après lautre » les rebelles eux, leurs femmes et leurs enfants. Dans son réquisitoire, Cyril Payen noublie pas la France, « mère patrie oublieuse et ingrate » qui sest servie des Hmongs pendant la guerre dIndochine avant de les abandonner derrière elle. Il noublie pas les Américains, qui les ont enrôlés sans se poser de questions dans leur guerre secrète et interdite. « Oui, lOccident a bien une dette envers les vétérans hmongs », affirme-t-il. Mais « la France et les Etats-Unis attendent la mort de leurs obligés pour ne pas avoir à sacquitter de cette dette ». Le journaliste pointe enfin du doigt les enjeux économiques qui font du massacre des derniers hommes libres du Laos une fin presque inéluctable à ce scénario dhorreur. Trois barrages électriques sont prévus dans la zone où survivent actuellement ces populations hmongs. Raison de plus pour le gouvernement laotien de « pacifier » la région en poursuivant sa propre « guerre secrète ». Un terrible et poignant témoignage à lire durgence. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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