Quel livre! Il nous amène au centre de notre realité quotidienne, à l'hostilité, à l'indifférence, au cynisme qui dominent nos conceptions, nos paroles, nos gestes d'aujourd'hui. C'est Nasser, un garçon malien, venu en France avec sa mère après une longue et dangéreuse traversée en pirogue, qui nous parle; c'est l'étranger qui nous ouvre les yeux sur nous-mêmes et nos aberrations. Et en regardant cette image dans le miroir de l'écriture, nous n'échappons plus aux questions aussi primordiales que fatales: Comment pouvons-nous vivre cette froideur, cette absence de sens, de l'essentiel? La misère qu'on croyait là-bas, très loin, n'est-elle pas parmi nous - ou pire encore, dans notre conscience?
Mais la voix de Nasser nous montre aussi l'autre chemin et rouvre la porte à notre humanité perdue. En nommant les choses grâce à un imaginaire abondant, toujours nourri d'une mémoire enracinée dans les origines, cette voix nous rappelle que chacun de nous est un être entier, avec un corps vibrant, un coeur qui ressent tout et un esprit capable de transcender les limites fixées par l'époque.
Alors, "L'Arbre d'ébène" de Fadéla Hebbadj est un livre profondément humain, au-délà du subjectivisme et réductionnisme de la littérature contemporaine. C'est une attaque virulente contre nos préjugés, nos attitudes matérialistes et utilitaristes, contre nos défaillances éthiques, sociales, politiques ... Bref, c'est la preuve que l'écriture poétique et visionnaire existe.