Les deux auteurs de cet ouvrage remarquable sont des professionnels qui savent de quoi il vont disserter.
- Henri Bourguinat est professeur émérite de sciences économiques à l'université Montesquieu-Bordeaux-4. J'ai lu plusieurs de ses ouvrages traitant la monnaie dont celui publié en 1987, prémonitoire,
Les vertiges de la finance internationale.
- Eric Briys, professeur associé au CEREGMIA de l'université des Antilles et de la Guyane a été professeur de finance à HEC pendant dix ans. Il a passé plusieurs années chez Lehman Brothers, Merril Lynch et Deutsche Bank, où il a acquis une riche expérience des salles de marchés.
Comme le précise la 4° de couverture, les causes de la crise financière actuelle sont entendues de tous ; le krach financier d'octobre 2008 incombe aux crédits hypothécaires du marché immobilier américain, les fameux subprimes.
Cependant, nombre de travaux récents, dont celui-ci, démontrent que les racines de la crise sont plus profondes.
Les auteurs vont s'attacher à exposer que la profondeur de la crise est due à un emballement fou, fondé sur une escroquerie intellectuelle, alimentant des rémunérations pharaoniques de leurs praticiens : la finance pour la finance. Les praticiens (les professionnels ayant structuré les CDS, CDO etc., les traders, les agences de notation, mais aussi les fiers à bras des montages tendus à l'extrême des LBO - j'en sais quelque chose ayant personnellement non seulement toujours refusé de manger de cette soupe, mais l'ayant critiquée, en ma qualité de professionnel des fusions-acquisitions) ont été confortés par des théoriciens (plusieurs prix Nobel) qui ont réussi à faire croire que tous les risques étaient domptés, sous contrôle.
Si la finance est nécessaire, ayant permis le développement des économies après-guerre, c'est bien ses errements "fanatiques", "frauduleux" qu'il s'agit de comprendre pour les mieux combattre.
Démontrant scientifiquement que le modèle d'équilibre des actifs financiers (CAPM) et de ses dérivés sont fondés sur des hypothèses théoriques, déconnectées de la réalité économique (de la construction même du PIB qui ne saurait être réduit à la seule activité de la Bourse, par exemple), les auteurs sont sans appel :
"Il est donc ironique que la roublardise de la théorie ne fonctionne bien en pratique que lorsque la chance lui sourit. Et il est encore plus ironique que cette bonne fortune soit incorrectement interprétée comme étant le résultat de talents combinés du "quant"[i.e. l'expert des modèles mathématiques de l'ingénierie financière], du trader et de leurs managers. Les revers de fortune leur sont d'autant plus fatals qu'une longue période de chance devient anesthésiante et finit, pour les plus honnêtes d'entre eux, par les convaincre qu'ils ont dompté les risques et que cette réussite justifie les rémunérations célestes.
En somme les dérivés sont devenus, pour reprendre l'expression célèbre de Warren Buffet, des weapons of financial mass destruction ("armes de destruction financière massive"). On peut ajouter, pour le plaisir du jeu de mots en anglais, qu'ils sont aussi devenus des weapons of financial maths destruction !"
Pour s'en sortir d'une part et ne plus tomber dans ces travers destructeurs de richesses nationales, il est nécessaire de penser à établir des garde-fous. L'actualité de la crise grecque, et la dénonciation des CDS, en serait une illustration à mettre en oeuvre. La réflexion est engagée.
Cet excellent ouvrage, très technique dans sa partie centrale, s'adresse à un public de spécialistes.