Voilà un roman qui démarre sur les chapeaux de roue. J'aimais ce style, cet humour quand il définit le rôle du narrateur:
J'aimerais bien une autre vie mais je suis le narrateur. Il ne peut pas tout faire, le narrateur. Déjà, il narre. S'il me fallait, en plus de narrer, vivre, je n'y suffirais pas.
J'aimais aussi sa façon de nous ouvrir sur les yeux sur les inégalités entre pays pauvres et riches, décelable à la manière dont on traite leurs morts:
On ne saura jamais le nombre des morts iraniens, ni comment chacun mourut. Comment le saurait-on? C'est un pays pauvre, ils ne disposent pas d'une mort par personne, ils furent tués en masse[...]. Ils sont morts en gros, on n'en retrouvera rien. Leur nom n'a pas été gardé.
Une différence de traitement symbolisée par le film La Chute du faucon noir (merci à mon mari pour avoir retrouvé le titre de ce film car Alexis Jenni n'en donne pas le titre) où chaque mort d'américain est détaillée alors que les somaliens mouraient comme au ball-trap, en masse, on ne les comptait pas.
Jusque là, j'aimais beaucoup ce roman mais tout d'un coup, mon enthousiasme est retombé. A force de trop vouloir donner de leçons, il m'a semblé que le roman s'enlisait. Il faut dire que les leçons, j'aime qu'on les donne avec subtilités. Là, par exemple, Alexis Jenni passe des pages à décrire la peur de personnes qui attendent leur tour pour entrer dans une pharamcie de garde, alors qu'une bande de jeunes de couleur rôde en ricanant. L'ennui a commencé alors à pointer le bout de son nez. A côté, il nous fait un brillant compte-rendu du rôle de la carte d'identité. Je n'ai pas réussi à retrouver mon intérêt pour ce roman. A peine ai-je retrouvé un semblant d'attention dans sa critique acerbe du Général De Gaulle appelé le Romancier, tout simplement parce que cela m'a rappelé la colère de mes collègues profs de lettre qui s'insurgent (avec raison), d'être obligés d'enseigner les mémoires de De Gaulle au bac littéraire alors qu'il y a tant de vrais auteurs à faire découvrir à nos ados.
Mais si ce roman parle de guerre, il parle aussi d'amour, celui du narrateur pour celle qu'il rencontrera au cours de l'écriture de son récit et celui de Victorien pour Eurydice, dont le narrateur a l'intelligence de percevoir la beauté, malgré leur différence d'âge: A cause des différences d'âge, on ne sait plus juger de la beauté, car la beauté se ressent comme un projet: est belle celle que je peux désirer embrasser. Et malheureusement, j'ai trouvé que les scènes d'amour n'étaient pas crédibles et que les dialogues, en général, étaient trop ampoulés pour paraître vrais. On nous livres des points de vue mais sans subtilité. Malgré tout, je me suis forcée à aller au bout de ce pavé (plus de 600 pages grand format, c'est à dire plus grand que le dernier Foenkinos par exemple) mais ce fut pénible pour moi car je n'ai, à aucun moment, ressenti une quelconque émotion.