...ce disque capté à Haarlem en septembre 1992 sera une révélation !
Ce qu'on perd en consistance et en brio, on le gagne en subtilité, en finesse de teinte. Un allégement des textures qui requiert une constante agilité pour éviter le clairsemis : celle-ci se risque en une virtuosité qui galope dans le Finale du 43° Trio, transporté au théâtre par le véloce pianoforte de Robert Levin. Un vrai moment d'anthologie, exaltant !
Les foisonnantes trouvailles de Haydn trouvent une chatoyante parure dans le Stradivarius de Vera Beths et le Pressenda d'Anner Bylsma : même le hâve Allegretto du 44° Trio se chromatise de nuances diaphanes. Dans le mouvement qui suit, notons comment l'équipe module les variations d'éclairage avec un rare raffinement de sentiment.
Les couleurs de ces quatre oeuvres se déclinent ici avec une extraordinaire acuité de pigmentation, dosant généreusement le vernis de sa palette.
Chaque mouvement se voit corseté en taille de guêpe, endossé sur-mesure. Mais sans asphyxier les Andante, ni contention dans les Presto, galvanisés par un fulgurant élan rythmique.
La musique respire avec une ineffable juvénilité, le rose aux joues.
Même si le violoncelle se situe capté en léger retrait (n'oublions pas que ces partitions honorent surtout la virtuosité du clavier), la fusion des timbres se goûte avec un plaisir de chaque instant.
Dans ces habits printaniers, cousus main, le style classique (magnifié dans le 42° Trio) charme avec l'ingénuité d'une rosière, mais étonne aussi par la pétillante intelligence de son propos.