J'ai été injuste avec Maria McKee. J'ai eu tendance à sous-estimer tous les albums qui ont suivi le superbe
Life is Sweet simplement parcequ'ils ne lui ressemblaient pas. A
Life is Sweet, s'entend. Car ils ressemblent à Maria McKee.
Comme les autres, Late December a subi un jugement hâtif. J'ai grommelé : Pas digne de son fameux prédecesseur. Puis je suis passé à autre chose. L'âge et la maturité aidant, je suis revenu à cet album. Et force est de constater qu'il est absolument excellent, voire génial.
Les chansons sont toute fantastiques. Pas seulement fantastiques dans le sens accrocheuses ou amusantes. Mais dans le sens vraiment bien écrites, soigneusement composées et arrangées avec beaucoup de talent par Jim Akin, qui fait office à la fois de producteur, compositeur à temps partiel, et même mari de la divine Maria.
Il est difficile d'affubler une étiquette à ce disque. Il sonne à la fois moderne et intemporel.
Maria McKee a une voix exceptionnelle et chante extraordinairement bien. On peut aimer les voix qui dérapent, les timbres blancs et les chansons punk rock à la limite de la justesse, mais comment ne pas apprécier de telles chansons, aussi bien écrites et chantées à la perfection ? Qu'on ne s'y méprenne pas, je ne suis pas en train de faire l'apologie d'un artisanat valeureux mais bien d'une artiste formidable au talent rare qui n'a jamais eu la reconnaissance qu'elle mérite.
Sur ce disque il est fait un usage immodéré de la voix de MariaMcKee. Qui est parfois théatrale. Lorgne parfois vers heavy-metal (quelques secondes en fait).
Elle est parfois cajoleuse, parfois mélancolique, parfois combative. Emotive, pleine de colère, pédagogue, chaleureuse. C'est souvent trop beau pour être vrai. Toutes les chansons sont remplies à ras-bord d'arrangements vocaux, de choeurs, d'harmonies, d'empilement de voix.
On pourrait croire que trop c'est trop mais non, on tombe sous le charme de cette exubérance, de cette énergie sans limite, de cette profusion de voix.
Les compositions sont formidables, complexes et fluides, d'une finess mélodique rare. Je le répète car c'est le cas. Elles sont invraisemblablement chouettes.
Leurs dynamiques sont parfaites, leurs structures sont variées, exigeantes, inventives. Elles sont éminemment personnelles.
Les arrangements sont recherchés et inspirés, les musiciens sont irréprochables, à la fois sensibles et efficaces, leurs interventions se faisant toujours à bon escient.
Les paroles sont touchantes et poignantes. Peut-on être humain, avoir un coeur, et résister à la puissance galvanisatrice et à la beauté de Destine ou Starving Pretty ? A vous de me le dire...
A Good Heart, écrite par McKee, avait été enregistrée dans une horrible version années 80 par Feargal Sharkey (qui avait ainsi obtenu un
hit). Son auteur s'est enfin décidée à l'enregistrer pour notre plus grand bonheur. A condition de ne pas jurer que par le minimalisme, certes.
Tous les morceaux ou presque méritent une mention. Vous n'avez qu'à lire la liste des titres et y accoler, dans l'ordre que vous désirez, un des adjectifs suivants : super, excellent, parfait, renversant, ahurissant, je ne trouve même pas les mots tellement c'est beau, magnifique, splendide, magique, ebouriffant, pas mal, ca se tient.
Maria McKee est une immense artiste et ce Late December en est une preuve irréfutable.
Power on, little star.