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" - Qu'est-ce que ça veut dire aimer ? - Je l'ai lu dans un livre, dit Laure. - À la maison, depuis que je suis né, personne, tu entends bien ? personne ! n'a jamais prononcé ce mot. Le mot aimer et le mot tendresse n'ont jamais fait souche ici. Le bonheur, ajouta le grand-père, c'est une distraction de riches " Voici ce qu'on pense du sentiment à Eourres quand Laure naît. Cette phrase du livre est comme une fiche d'état civil pour Laure qui pèse sept cent cinquante grammes à sa naissance. Pas plus qu'Eourres on ne peut l'inventer parce que seul ce pays pouvait permettre cette naissance. Il est impossible de concevoir, si on ne les a pas vus, ces montagnes, cette géologie démentielle, ce chaos de la fin des temps ou de leur début. Songez au silence, à l'isolement, mais songez à l'obstination de Laure qui à trois ans demande à apprendre à lire et à six conduit le troupeau. Songez à cette petite fille perdue dans ce pays sans grâce qui veut échapper non pas à sa condition mais à son ignorance de la vie. Songez à tout ce qu'elle va devoir braver si elle y parvient. P.M.
Quatrième de couverture
«- Qu'est-ce que ça veut dire aimer ? - Je l'ai lu dans un livre, dit Laure.- À la maison, depuis que je suis né, personne, tu entends bien ? personne ! n'a jamais prononcé ce mot. Le mot aimer et le mot tendresse n'ont jamais fait souche ici. Le bonheur, ajouta le grand-père, c'est une distraction de riches !Voici ce qu'on pense du sentiment à Eourres quand Laure naît. Cette phrase du livre est comme une fiche d'état civil pour Laure qui pèse 750 grammes à sa naissance. Pas plus qu'Eourres on ne peut l'inventer parce que seul ce pays pouvait permettre cette naissance. Il est impossible de concevoir, si on ne les a pas vus, ces montagnes, cette géologie démentielle, ce chaos de la fin des temps ou de leur début. Songez au silence, à l'isolement, mais songez à l'obstination de Laure qui à trois ans demande à apprendre à lire et à six conduit le troupeau. Songez à cette petite fille perdue dans ce pays sans grâce qui veut échapper non pas à sa condition mais à son ignorance de la vie. Songez à tout ce qu'elle va devoir braver si elle y parvient.» Pierre Magnan.
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Encore une fois Pierre Magnan nous a pondu un livre formidable, avec comme à l'accoutumée son style magique empli de poésie et de dures réalités. Le personnage de Laure est sans commune mesure avec le monde qui l'entoure ou la vie est dure. Elle est le supplément d'âme de ce bout du monde ou survivre reviens parfois à écraser les autres. Le personnage de Séraphin (petit clin d'œil au livre la maison assassinée) est tellement beau lui aussi qu'en comparaison tout le reste s'efface. Attention je n'ai pas la larme facile mais à deux ou trois reprises j'ai difficilement réprimé une envie de pleurer. A la toute fin du livre, une fin si belle, j'ai été tellement surpris que les larmes ont coulées, je n'ai pas honte de le dire. Un livre magnifique.
Cette petite Laure est une fleur sauvage qui éclot dans un champ de boue. Et quelle langue ! L'écriture de Magnan est riche et poétique sans être ennuyeuse. L'attitude de cette petite fille face à la vie est un merveilleux exemple de ténacité, d'enthousiasme et, peut-être, de ce que Cyrulnik appellerait résilience... On en sort grandi !
Pierre Magnan nous emmène cette fois dans les Baronnies et nous fait découvrir cette région du sud de la Drôme et plus précisément l'extraordinaire village d'Eourres, bout du monde haut-alpin quasiment enclavé en territoire drômois. Nous mettons nos pas dans ceux de Laure, enfant de l'après-guerre qui veut aller plus loin que les champs de lavande qui marquent son horizon. La savoureuse écriture de Pierre Magnan emporte encore une fois le lecteur sur les calades, roubines et faysses d'une Provence sans clichés, au coeur de familles à la médiocrité "ordinaire", en nous faisant croiser des personnages réels tels Fernand Morénas (de l'auberge Regain à Buoux) ou portant des prénoms extraordinaires (Népomucène) ou en rapport avec les héros d'autres aventures (Séraphin rappellera aux "accros" de Magnan Séraphin Monge, le fantastique héros de "La maison assassinée" et de sa suite moins connue, "Le mystère de Séraphin Monge"). Après avoir lu ce livre, je n'ai pu résister à la tentation de visiter Eourres, qui est encore plus attachant aujourd'hui et "en vrai" que dans le roman de Magnan, qui nous montre encore comment la lecture est une fenêtre sur le monde même quand on est perdu ... au bout du monde.