Un voyage. Ni en automne, ni à Pékin, mais dans un monde parallèle des plus alambiqués. Oubliez tout bon sens, logique ou raison : ils vous perdraient. Ne suivez pas trop le guide, car il se délecte à brouiller les pistes. Laissez-vous emporter.
Vous atterrissez au beau milieu du désert d'Exopotamie. Habitent là une poignée d'hurluberlus : un ermite lubrique que vient inspecter un abbé extraverti, une équipe d'archéologues menée par un chef peu méticuleux, et un cuistot italien fier de son hôtel/restaurant Barrizone. Le hasard (le destin ?) va doubler la population de zigotos.
Amadis Dudu, bureaucrate homosexuel et antipathique, trouve rapidement un bureau vide et une tâche à accomplir : organiser la construction d'un chemin de fer. Débarquent alors deux ouvriers laborieux, un fainéant contremaître (« ce salaud d'Arland »), une jolie secrétaire et deux amis ingénieurs qui en sont épris, un médecin passionné de modèles réduits et son jeune interne. Comment va interagir tout ce beau monde ? On est fixés dès l'entame : « En raison des propriétés particulières que possède le soleil en Exopotamie, il risque de se produire des phénomènes remarquables. »
Ça ne rate pas : rien ne tourne rond, et pas seulement à cause de cet étrange soleil à bandes noires. L'univers que dépeint Vian n'a pour limites que celles de son imagination burlesque. C'est-à-dire aucune. Ainsi les chaises tombent malades, les bus carburent aux arêtes de poisson-chat, la viande de momie est souvent trop aromatisée, la fantaisie inonde la moindre situation.
Elle vous guette au recoin de chaque phrase. Vian s'amuse. Il se joue des règles de la langue française. Il vous emmène en visiter des contrées insoupçonnables. Il crée des expressions, détourne les sens, mélange les registres. Il vous martèle de paradoxes, vous surprend, vous provoque, vous tend des pièges délicieux.
Attention, L'Automne à Pékin n'est pas qu'un terrain de jeu de mots. Une véritable intrigue, bien que saugrenue, se noue autour de plusieurs quêtes. Au centre celle d'Angel, torturé de voir la femme qu'il aime se faner aux bras de son ami. En arrière plan, celle de l'ermite sur la voie de la rédemption, par un curieux chemin. Puis celle d'Amadis Dudu, vers on ne sait pas trop où.
À travers eux, Vian se fend d'une remarquable réflexion sur l'amour, et d'une satire cinglante de la société. Avec un ton résolument désinvolte, il moque avec brio la médecine, l'homosexualité, la bureaucratie, la religion. Par l'absurde, il en souligne l'absurdité.
Que retenir de cette oeuvre étonnante, cette frasque surréaliste ? 250 pages de jubilation poétique, et une fable absurde lourde de sens. Lequel ? Celui que vous voudrez bien lui donner. Vian annonce dès la première page : « On peut concevoir n'importe quelle solution. »
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