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Commentaires client les plus utiles
10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Toujours aussi formidable Annie Ernaux,
Par Laure (Sarthe, France) - Voir tous mes commentaires (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR) (TOP 50 COMMENTATEURS) (TESTEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'autre fille (Broché)
D'emblée j'ai aimé l'idée même de cette collection : « Quand tout a été dit sans qu'il soit possible de tourner la page, écrire à l'autre devient la seule issue. Mais passer à l'acte est risqué. Ainsi, après avoir rédigé sa Lettre au Père, Kafaka avait préféré la ranger dans un tiroir. Ecrire une lettre, une seule, c'est s'offrir le point final, s'affranchir d'une vieille histoire. La collection « Les Affranchis » fait donc cette demande à ses auteurs : « Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite » . »J'ai choisi pour commencer le texte d'Annie Ernaux, lettre à sa saeur aînée disparue avant sa naissance, et dont elle n'a appris l'existence que par accident (en était-ce bien un d'ailleurs?). Tout au long de sa réflexion, l'auteur s'interroge sur son rapport à ses parents, à cette saeur qui n'a pas vécu, sur sa place de « remplaçante », et sur ce que cet événement a pu apporter dans son rapport à l'écriture. Analyse pertinente et intéressante, j'aime la plume précise et juste d'Annie Ernaux, et il apparaît comme une évidence que ce court texte s'inscrit parfaitement dans son aeuvre, pièce supplémentaire d'un puzzle familial autobiographique et littéraire. On souligne volontiers beaucoup de phrases, et ce petit opuscule fait partie de ces livres qu'on garde parce qu'un jour sans doute on le relira. p. 15/16 : « Je joue près d'elles avec la petite fille, elle s'appelle Mireille, à courir et nous attraper. Je ne sais pas comment j'ai été alertée, peut-être la voix de ma mère plus basse d'un seul coup. Je me suis mise à l'écouter, comme si je ne respirais plus. Je ne peux pas restituer son récit, seulement sa teneur et les phrases qui ont traversé toutes les années jusqu'à aujourd'hui, se sont propagées en un instant sur toute ma vie d'enfant comme une flamme muette et sans chaleur, tandis que je continuais de danser et de tournoyer à côté d'elle, tête baissée pour n'éveiller aucun soupçon. [Ici, il me semble que les paroles déchirent une zone crépusculaire, me happent et c'en est fini.] Elle raconte qu'ils ont eu une autre fille que moi et qu'elle est morte de la diphtérie à six ans, avant la guerre, à Lillebonne. [...] elle dit de moi elle ne sait rien, on n'a pas voulu l'attrister A la fin, elle dit de toi elle était plus gentille que celle-là Celle-là, c'est moi. » p. 40 : « Depuis le début, je n'arrive pas à écrire notre mère, ni nos parents, à t'inclure dans le trio du monde de mon enfance. Pas de possessif commun. [Cette impossibilité est-elle une façon de t'exclure, de te renvoyer l'exclusion qui a été la mienne dans le récit du dimanche d'été?] Un court mais très grand texte, qui donne qui plus est l'envie d'aller (re)lire les autres romans d'Annie Ernaux. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Annie Ernaux, intime et universelle,
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'autre fille (Broché)
C'est bien Annie Ernaux telle que je l'ai fidèlement suivie, depuis "Les armoires vides" jusqu'à cette oeuvre aboutie à laquelle tous ses autres livres ont ouvert la voie, "Les années". Qu'allait-elle dire de plus avec "L'autre fille" ? Que nous n'en avons jamais fini avec les questions de notre enfance, les mots des grandes personnes captés à notre insu, la mort et la naissance, tout cela qui semble ne tenir qu'à si peu de choses... Encore une fois, en quelques pages, c'est notre intimité qu'elle touche avec ses mots sobres et justes, qui disent le cycle de la vie, une vie banale et pourtant à dimension universelle.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
LA SECONDE,
Par PHIL007 "ANACHRONIC JAZZ FAN" (france) - Voir tous mes commentaires (TESTEURS) (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR) (TOP 10 COMMENTATEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'autre fille (Broché)
Une nouvelle collection, née il y a quelques mois, est apparue chez Nil et semble avoir un intérêt original. Il s'agit de textes assez courts, écrits par des auteurs connus par ailleurs. Ce sont des missives adressées librement.L'autre fille, oeuvre d'Annie Ernaux, évoque la vie d'une petite soeur, morte jeune, que l'auteure n'a pas connue et dont elle apprend même par hasard qu'elle a existé. On ne lui en a jamais parlé directement. Mais, alors qu'elle a une dizaine d'années, Annie Ernaux surprend une conversation au cours de laquelle sa mère explique à une cliente qu'elle a eu, et perdu, une première petite fille. Ce deuil les a rendus, elle et son mari, inconsolables, d'autant plus que la mère évoque cette enfant avec douleur et admiration, allant jusqu'à dire qu'elle est morte "comme une sainte". Annie, que personne n'a remarquée, entend ce qui est pour elle une révélation tout à fait inattendue : c'est un choc. La missive évoque combien cette petite soeur ignorée va peser à jamais sur sa vie. Annie n'y est pas attachée : elle ne l'a pas connue, on ne l'a même pas évoquée ouvertement pour elle; du reste elle n'en parlera jamais avec ses parents, et ceci volontairement. Le titre de la lettre est révélateur. Il n'est pas question de parler d'une soeur mais de "l'autre fille". Le lien de parenté n'est même pas explicite. Par contre, l'adjectif "autre" marque une ébauche de comparaison. L'auteure enfant n'exprime pas son désarroi avec lyrisme ou pathos. Mais, c'est inévitable, elle s'interroge secrètement sur l'importance que cette soeur a eu dans la vie de leurs parents, à vraie dire de ses parents à elle. Ne fait-elle que la remplacer, en étant "moins bien" de surcroît (elle a entendu sa mère confier, au moment où elle parle de ce drame, qu'elle était "plus gentille que celle-là")? Désormais, le problème de sa raison d'être, de la valeur de son existence, elle "la seconde", est ancré en elle. On comprend mieux certains aspects de l'écriture d'Annie Ernaux comme dans La Place. Ce texte, profondément douloureux et humain, est malgré ou plutôt à cause de sa sobriété, d'un très grande force. Il confirme le grand talent d'Annie Ernaux. Malgré une simplicité apparente, ce texte m'a touché jusqu'à l'émotion. Un grand texte bouleversant. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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