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5.0 étoiles sur 5
A découvrir, 18 juillet 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lautrec (DVD)
Ambiguë, Toulouse-Lautrec va à la fois à l'encontre et dans le sens de l'image que l'on se fait généralement de l'artiste du début du siècle : à l'encontre, car l'image d'Epinal fait généralement don à l'artiste d'une beauté particulière, romantiquement austère, dont la solitude ne fait qu'éroder petit à petit une santé déjà précaire : Toulouse-Lautrec était éclopé, marchant avec d'énormes béquilles, rieur, hâbleur et on ne peut plus fêtard.
Dans le sens communément émis, parce que dissimulé sous cette carapace à l'extérieur intouchable, semblait ce cacher un homme d'une mélancolie abrasive, d'une instabilité quasi chronique dont alcoolisme latent atteindra son paroxysme de manière étroitement jumelée à son éclosion artistique.
Intéressant de souligner les quelques similitudes existant entre lui et Proust, en particulier cet attachement viscéral qu'ils éprouvèrent tous deux pour leur mère, celles-ci étant peut-être plus à même de comprendre le handicap qui semblait dessiner le contour de ces deux adultes couvés à l'extrême et dont le père, souvent un peu caricatural, se tournait généralement vers l'autre enfant plus robuste et vaillant à souhait.
Ce film retrace cela avec beaucoup de finesse psychologique et nous replonge dans cette fascinante vie parisienne du début du siècle ou le Moulin Rouge était le point d'interjection de toute la richesse que composait alors la société parisienne d'antan.
Ce film retrace également assez bien le chemin quelque peu périlleux qu'emprunta Toulouse-Lautrec à travers cette passion débordante qui fut la sienne pour la peinture et la contestation, une fois ses études entreprises, de l'académisme de son époque ou David et Ingres étaient alors été étudiés comme une sorte de perfection idéalisée dont tout élève peintre devait à tout prix parvenir à se hisser. Naturellement, les sujets grandiloquents, spécifique de l'époque classique, ne semblaient guère inspirer l'artiste, qui préférait au culte démodé napoléonien de David et de ses élèves quelques croustillants portraits pris sur le vif au détour de cuite mémorable, les glapissantes onomatopées de la Goulue en fond sonore. Et c'est en cela que la réalité du peintre exprimé par Régis Royer arrive à nous toucher : Cette voie au sein de laquelle il s'est vautré avec délice, apparemment la plus facile d'accès, contribua à faire éclore un immense talent dont le revers de la médaille - comme c'est quasiment toujours le cas - se matérialisera en une santé déjà précaire dégringolant dramatiquement vers le bas, aidé par les ravages d'une absinthe quasi présente, de bordels fréquentés avec assiduité, et de pénible vie nocturne faite de débauches et d'excès.
L'acteur principal tire toutes ces ambiguïtés à lui avec beaucoup de talent, ne faisant pas du célèbre peintre un guignol d'apparat pour qui la peinture n'aurait été qu'un prétexte occasionnel. Nous pouvons suivre à travers lui la lente déchéance que fut celle de Lautrec ou les sempiternels sourires se changent peu à peu en grimaces, l'optimisme en mélancolie, l'espoir en austérité. Le point culminant sera son entrée en hôpital psychiatrique dont il ne ressortira pas tout à fait indemne.
Les derniers mots de Lautrec à sa mère (« Vous maman...rien que vous... ») ne font que confirmer le talent évident de Royer face à une Anémone pétrit de finesse et de retenue.
Et puis, pour finir, il y a la magnifique Elsa Zylberstein qui, avec le rôle qui est le sien dans le Van Gogh de Pialat, obtient un rôle à sa mesure, tour à tour amoureuse, cruelle, feignant l'indifférence ou la haine avec une grande eslasticité pleine de classe que peu d'actrice peuvent se targuer de posséder. Et puis sa typique gouille de l'époque ne peut que créer un hiatus dès plus fascinant, la rendant de ce fait encore plus charmante.
Assurément, un film d'une grande réussite.
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