Ce fut le tout dernier long-métrage de Marc Allégret (1900-1973), le frère d’Yves et oncle de Catherine, le réalisateur de classiques comme ‘Fanny’, ‘Le lac aux dames’, ‘Gribouille’, ‘Orage’ ou ‘Entrée des artistes’. ‘Le bal du Comte d’Orgel’ (1970, 95mn, en couleur, dialogues de Françoise Sagan, images de Christian Matras -un spécialiste du film historique : ‘La ronde’, ‘Le plaisir’, ‘Fanfan la tulipe’, ‘Madame de...’, ‘Lucrèce Borgia’, ‘Madame Du Barry’, ‘Nana’, ‘Lola Montès’ et beaucoup d’autres- et décors de Pierre Guffroy -Oscar pour son travail sur ‘Tess’ et Césars pour ‘Que la fête commence’, ‘Pirates’ et ‘Valmont’-) est une adaptation du roman homonyme de Raymond Radiguet (1903-1923, l’auteur du ‘Diable au corps’), qui fut publié de manière posthume en 1924 et illustre un triangle amoureux dans le Paris des années folles de l’après première guerre mondiale.
A Paris en 1920, le goût de la vie a survécu à la guerre. L’étudiant François de Seyrieuse (Bruno Garcin, l’un des jeunes premiers par excellence des productions historiques de la télévision française des années 70) se lie d’amitié avec le Comte Anne d’Orgel (Jean-Claude Brialy, superbe) et s’éprend de la jeune et belle épouse de celui-ci, Mahaut (Sylvie Fennec), chez laquelle il éveille un sentiment nouveau...
Avec aussi Marpessa Dawn, Claude Gensac, Gérard Lartigau, Ginette Leclerc, Micheline Presle et Sacha Pitoëff.
C’est l’histoire d’un amour chaste sur fond de bienséance, dans laquelle il est aussi question d’homosexualité (l’attitude du Comte envers Seyrieuse est assez trouble), l’association Cocteau -qui avait supervisé le travail de Radiguet-, Marc Allégret -un ancien amant d’André Gide- et Brialy n’y étant évidemment pas pour rien ; ce qui nous vaut un film d’esthète, dont le scénario se résume à peu, l’accent étant mis sur la psychologie des personnages, et qui vaut surtout pour ses admirables décors et costumes (et vieilles voitures) et l’ambiance à la fois désuète et magique qui en émane. Si, comme moi, il vous arrive d’avoir la nostalgie d’époques que nous n’avons pas connues, vous vous régalerez du trouble qui s’installe et se développe entre des personnages d’aristocrates pris dans les rets des conventions d’un monde qui était en train d’éclater !