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Voilà sans doute l'un des plus brillants exercices de déduction qu'ait écrits Pessoa ! À la manière des dialogues antiques, cette conversation d'après-dîner entre deux amis prend vite l'allure d'une rigoureuse démonstration scientifique. En virtuose de la logique la plus effrénée, le banquier explique comment il est devenu anarchiste ou, plutôt, l'anarchiste démontre pourquoi son emploi de banquier était le seul processus d'action anarchiste vraiment réalisable. À travers une argumentation non dénuée d'humour et de passion, il évince toutes les objections qui pourraient contrer la théorie anarchiste et ses moyens d'exécution. Courageusement, il épluche ses doutes, considère les écueils, échafaude pour chacun des solutions, sans générer une once d'ennui de la part de son auditoire (ni de son lecteur !).
Bien que ce texte, paru dans la revue Contemporanea en 1922, ait reçu d'abord peu de considération de la part des critiques, il est indéniable que Fernando Pessoa lui a au contraire toujours attribué une grande importance, au point de le traduire en anglais dès sa publication. Il demeure un indispensable pour une connaissance complète du poète. --Laure Anciel
Présentation de l'éditeur
Cet ouvrage, paru en 1922 sous le nom de Pessoa, est un véritable brûlot, aussi explosif, détonant et jubilatoire aujourd’hui que lors de sa publication. Ce texte court reste l’unique œuvre de fiction publiée du vivant de l’auteur. Au terme du repas, un banquier démontre à ses convives que ses convictions et ses actions en matière d’anarchisme n’ont rien à envier à celles des poseurs de bombe. Il déploie ainsi les trésors d’une rhétorique insidieuse au service de sa personne et s’installe dans de provocants paradoxes. Si ce banquier anarchiste nous enchante avec ses raisonnements par l’absurde et une mauvaise foi réjouissante, il s’agit surtout d’un pamphlet incendiaire contre la « société bourgeoise » (autrement dit : la nôtre), ses hypocrisies et ses mensonges. C’est aussi une dénonciation du pouvoir de l’argent, qui mine de l’intérieur le bien le plus précieux de l’homme : la liberté.Né à Lisbonne en 1888, Fernando Pessoa y mène longtemps l'existence obscure d'employé de bureau. Mais le 8 mars 1914, ce poète introverti, idéaliste, voit surgir en lui son double antithétique, le maître « païen » Alberto Caeiro, suivi de deux disciples : Ricardo Reis, stoïcien épicurien, et Álvaro de Campos, qui se dit « sensationniste ». Un gratte-papier, Bernardo Soares, tient le journal de son « intranquillité » dans une prose somptueuse, tandis que Pessoa explore toutes sortes de voies, de l'érotisme à l'ésotérisme. Jusqu’à sa mort en 1935, il entasse ses manuscrits dans une malle. Ces fragments d'une œuvre composite et inachevée ont été découverts des années après et publiés pour l’essentiel chez Christian Bourgois.
