Darius Milhaud (1892-1974) affirmait être né à Aix-en-Provence, peut-être par amour pour cette ville, mais, selon d'autres sources, il serait en réalité né à Marseille. De 1909 à 1915, il est élève du Conservatoire de Paris, où il a comme professeurs Charles-Marie Widor (1844-1937), André Gédalge (1856-1926) et Paul Dukas (1865-1935), et fait à cette époque la rencontre du Paul Claudel en 1912. Atteint de rhumatismes, il est réformé de l'armée. Claudel, ministre plénipotentiaire à Rio de Janeiro, l'invite alors à devenir son secrétaire ; Milhaud accepte, et c'est à cette occasion qu'il découvre les musiques sud-américaines, pour lesquelles il s'enthousiasme et dont on retrouve des traces dans plusieurs de ses oeuvres. De retour à Paris, il s'associe au « Groupe des Six », groupe de compositeurs parrainé par Erik Satie (1866-1925) et qui comprend également Louis Durey (1888-1979), Arthur Honegger (1892-1955), Germaine Tailleferre (1892-1983), Francis Poulenc (1899-1963) et Georges Auric (1899-1983). Il a également fréquenté les poètes Léo Latil, Francis Jammes, et André Gide. Il voyage énormément, et découvre le jazz aux Etats-Unis en 1922. Il s'intéresse également au cinéma, pour lequel il écrit plusieurs musiques de film. Parce qu'il est juif, il part en 1940 pour les Etats-Unis, et ne reviendra en France qu'en 1947 ; il se verra alors offrir un poste de professeur de composition au Conservatoire de Paris. Il est mort à Genève mais, selon ses souhaits, il est enterré à Aix-en-Provence.
« Le Boeuf sur le toit » a été écrit en 1919. Il s'agissait initialement d'une musique destinée à accompagner un film muet de Charlie Chaplin (« Cinéma-fantaisie » pour violon et piano). Sa transformation en ballet, avec un scénario est inspiré de Jean Cocteau, un titre qui est celui d'une ancienne chanson brésilienne, et des décors de Raoul Dufy, en fit tout son succès. Il n'y a pas à proprement parler d'histoire ; le décor est celui d'un bar qui voit circuler plusieurs personnages : un bookmaker, un nain, un boxeur, une femme habillée en homme, un policier qui se fait décapiter par les pales d'un ventilateur avant de ressusciter... Les Premiers Danseurs étaient en fait des clowns du cirque Médrano, les Fratellini. La première en fut donnée en février 1920 au Théâtre des Champs-Élysées.
« La Création du monde » est une musique de ballet écrite en 1923. Le prétexte en est un mythe africain, sur un argument de Blaise Cendrars, et la musique est fortement inspirée du jazz. La partition est écrite pour un petit orchestre de dix-sept instruments, avec une partie soliste pour saxophone. Elle est dédiée au musicologue, ethnologue et chef d'orchestre Paul Collaer (1891-1989), et au chef d'orchestre et compositeur Roger Désormière (1898-1963). La création eut lieu au Théâtre des Champs-Élysées le 25 octobre 1923, dans une chorégraphie de Jean Börlin interprétée par les Ballets suédois, et des décors de Fernand Léger. C'est une oeuvre extrêmement difficile à bien interpréter, aussi bien par des musiciens ayant une formation exclusivement « classique », malhabile à interpréter du jazz, que par des musiciens de jazz, compte tenu des difficultés techniques dela partition.
Francis Poulenc est né à Paris. Bien qu'il ait suivi quelques cours de composition avec Charles Koechlin (1867-1950), Poulenc est un compositeur autodidacte. Il connaît à dix-huit ans une première réussite avec sa « Rhapsodie nègre », puis compose « Le Bestiaire » sur des poèmes de l'oeuvre éponyme de Guillaume Apollinaire. Il rencontre notamment Claude Debussy (1862-1918) et Maurice Ravel (1875-1937) et s'associe au « Groupe des Six ». En 1935, consécutivement à la mort accidentelle de son ami, le compositeur Pierre-Octave Ferroud (1900-1936), il vit un profond retour à la foi catholique, et se tourne alors souvent vers des compositions d'inspiration religieuse.
Parmi ses oeuvres majeures, on peut citer les « Soirées de Nazelles » pour piano, une Sonate, un Capriccio et « L'Embarquement pour Cythère » pour deux pianos, cinq Sonates pour piano et instrument à codes (violon, violoncelle) ou instrument à vent (flûte, hautbois, clarinette), un Trio pour hautbois, basson et piano, un Sextuor pour piano et quintette à vent, « Aubade » pour piano et orchestre, un Concerto pour piano, un Concerto pour clavecin, un Concerto pour orgue, cordes et timbales, et un Concerto pour deux pianos, « L'Histoire de Babar, le petit éléphant » pour récitant et piano, les « Litanies à la Vierge noire de Rocamadour », un « Gloria » pour soprano solo, choeur mixte et orchestre, un « Stabat mater » pour soprano, choeur mixte et orchestre, le Ballet « Les biches », deux Opéras, le « Dialogues des Carmélites » sur un texte de Georges Bernanos, et « La Voix humaine » adaptée d'une pièce de Jean Cocteau, ainsi que de nombreuses Mélodies sur des poèmes de Guillaume Apollinaire, de Paul Eluard, ou bien encore de Jean Cocteau.