Sur le désir d'essence mimétique, si bien exposé dans "Mensonges romantiques et vérité romanesque", vient se greffer l'idée de crise.
Quand dans une société le mimétisme se déchaîne, c'est-à-dire que tous les désirs tendent vers l'indifférencié, d'un coup la cohésion du groupe vacille, se fissure. L'unité sociale, sur le point de voler en éclats, s'effondrerait même, si à l'ultime limite, tous les membres du groupe ne s'entendaient pour se priver ensemble de leur désir commun, pour se livrer en somme à une catharsis collective grâce au sacrifice d'une victime émissaire.
Cette victime émissaire présente la caractéristique fondamentale qu'elle est innocente. Les mythes sont mensongers car ils ne reconnaissent pas cette innocence originelle. La victime présente toujours des malformations physiques, des infirmités - handicapée, aveugle, etc. (ce qui conduit René Girard à remarquer que les dieux, dans la mythologie grecque, sont nombreux à être éborgnés). Désignées comme mettant en danger les fondamentaux de la société, elles focalisent sur elles la folie de persécution de la foule.
Seul le judéo-christianisme reconnaît, d'après René Girard, l'innocence de la victime émissaire, dont les figures emblématiques seront Job, le Christ, les martyrs - ces innocents persécutés.
René Girard nous libre à nouveau une brillante réflexion sur l'analyse du désir.