"The Bounty", Roger Donaldson, 1984, VF et VOST.
Lors de sa sortie, la critique s'accordait à trouver cette quatrième version de la mutinerie du Bounty inférieure aux deux dernières, arguant que le film ne traitait plus le sujet comme une épopée mais comme un récit, abandonnant la vision manichéenne et romantique pour une vision à la fois plus historique et plus proche de nous. Je dirais que c'est son mérite. Il semble qu'on ait lavé la légende à grand eau. Si les personnages y perdent en épaisseur, ils gagnent en vérité.
Fletcher Christian (Mel Gibson) se trouve dépouillé de sa stature héroïque, de défenseur de l'opprimé, pour n'être plus qu'un amoureux un peu fade en peine de sa belle et de son farniente. Voir ses désirs contrariés suffit à entrainer sa révolte (il est bien notre contemporain en cela), alors qu'il fallait à ses prédécesseurs une accumulation d'injustices flagrantes pour qu'ils se mutinent au nom de "droits de l'homme" qui, en ces années 1780, étaient en pleine maturation.
Mais le grand gagnant de cette lessive décapante est le capitaine Bligh (Anthony Hopkins) qui, scrupuleux, honnête et plutôt libéral au départ, ne choisit la rigueur qu'en dernier recours. Nous sommes à mille lieues du personnage haineux, sadique, maladivement soupçonneux qu'incarnait Charles Laughton face à Clark Gable. Les rapports sont inversés. C'est Fletcher Christian le malade, l'enfant gâté qui tape du pied parce qu'on lui refuse son jouet, tandis que Bligh garde la tête sur les épaules, conscient de ses responsabilités envers le navire, la mission et l'équipage. Son héroïque voyage de retour, sa retenue au cours du procès, et sa bonne tête d'homme simple et droit, achèvent de nous le rendre sympathique.
Donaldson, à partir d'une trame trop connue, a osé faire un autre film. Il a eu raison. Les "remake" ne sont intéressants que s'ils sont différents de leur modèle. Ce qui n'empêchera évidemment pas qu'on se tourne vers la version de 1935, lorqu'on voudra sentir souffler un grand vent de légende et d'héroïsme, pouvoir haïr et admirer tout son soûl.