Une personne qui s'informe régulièrement sur ce qui se passe en Irak, ne serait-ce qu'à travers la presse, n'apprendra absolument rien de nouveau dans ce livre. Un livre qui se limite dans une large mesure à compiler des informations connues. Jean-François Kahn, le journaliste, n'a fait aucune enquête. Ce n'est donc pas d'un travail journalistique qu'il s'agit. Jean-François Kahn s'est voulu intellectuel et nous propose une grille de lecture qui, me semble-t-il, devait représenter l'apport principal du livre. Malheureusement l'auteur échoue lamentablement et la raison de son échec consiste principalement dans l'essentialisme déconcertant de sa grille de lecture. Ainsi selon lui, l'Amérique de Bush demeure malgré tout motivée par la libération et la démocratisation de l'Irak, quels que fussent les mensonges, quelles que fussent les manquements au droit internationale, quels que fussent les crimes, quelle que fut l'usurpation des élections américaines en 2000, quel que fut la nature profondément antidémocratique de l'idéologie néoconcervatrice de Wolfowitz, quel que fut le fondamentalisme d'Aschcroft, quelle que fut la corruption de Cheney, quel que fut le bellicisme de Rumsfiel. En face, des fondamentalistes musulmans et uniquement des fondamentalistes musulmans, fanatiques et ennemis de la démocratie. Cette grille de lecture, simpliste au plus haut point, permet à l'auteur de se fondre en lamentations cyniques sur les démocrates qui agissent comme ils l'ont fait en Irak. Voilà ce qui ressort des 20 premières pages du livre et qui suffit largement pour mettre celui-ci de côté et passer à des lectures plus enrichissantes. Cependant, celles et ceux qui, comme moi, ont quand même eu le courage d'aller au bout du livre, auront sans doute constaté que les faits que l'auteur aligne les uns à côté des autres contredisent de bout en bout les termes de sa propre grille de lecture : assassinats extrajudiciaires, clientélisme, concessions aux fondamentalistes islamistes, torture, pillage du pétrole, mort de milliers d'innocents depuis le début de la guerre, etc. L'auteur a trop d'expérience dans la vie pour savoir que ce dont il s'agit là c'est bel et bien d'un néo-fascisme qui ne diffère en rien du fascime qu'il prétend combattre. Pourquoi dans ce cas, J-F Kahn tient-il avec autant d'acharnement au manichéisme de sa grille de lecture ? La réponse est simple : il est terrorisé par l'idée d'être qualifié d'anti-américain. Il est une victime, encore une, de la terreur intellectuelle qui sévit un peu partout dans le monde démocratique. C'est là le grand paradoxe. J-F Kahn se revendique et est satisfait d'une démocratie qui ne lui permet pas de s'exprimer librement sans avoir donné des gages de bonne volonté à ceux qui, autrement, l'écraseraient comme ils ont écrasé d'autres avant lui, celles et ceux qui ont eu l'audace de dire la chose simple que voici : la démocratie n'a rien d'un état définitif identifiable par des critères objectifs. La démocratie est un idéal, une autopie heureuse, jamais définitivement achevée. Et c'est pour cette raison qu'elle doit être continuellement construite car dans l'espace politique que cette construction rend possible, il y aura toujours des personnes tentées par une forme ou une autre de fascisme. Sans concession aucune au fondamentalisme islamiste, un(e) authentique démocrate se doit de dénoncer les néo-fascistes là aussi sans concession aucune. Peu importe que les prénoms de ces derniers soit Georges, Paul, Dick, Donald ou John.