LE CANARDEUR (dont le titre français ne rend pas justice au film) est le premier métrage réalisé par Michael Cimino (1974), le futur réalisateur de VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER, LES PORTES DU PARADIS, L'ANNEE DU DRAGON. Il est repéré par Eastwood pour ses talents de scénariste. Ce dernier lui confie la mise en scène de ce road movie atypique, qui flirte avec plusieurs genres : le buddy-movie, le film de gangsters, de braquage, le parcours initiatique, et le western moderne.
On y voit John Doherty (Eastwood) faire équipe avec Lightfoot (Bridges) pour récupérer un butin planqué dans une vieille école. Mais, les deux anciens complices de Doherty, bien décidés à mettre aussi la main sur le magot, leurs collent aux basques...
LE CANARDEUR est à première vue un film d'action basique, un divertissement. Mais c'est aussi un film plus profond, et très attachant, qui doit beaucoup à la relation qui lie Doherty et le jeune Lightfoot. Le rythme n'est pas trépident, on prend le temps de parler, de boire des coups, Cimino s'offre quelques scènes loufoques (la distribution de glaçes), entre deux poursuites et tirs de mitrailleuse. On a plaisir à retrouver deux grands acteurs de seconds rôles : Geoffrey Lewis, l'éternel looser, et le toujours bouillonnant Georges Kennedy (une présence à la Ernst Borgnine). L'affiche est évidemment dominée par un Clint Eastwood plus classieux que jamais, et surtout, Jeff Bridges, dans une brillante prestation, qui apporte une humanité incroyable à son personnage. La dernière scène est admirable de simplicité, on se croirait presque chez John Ford.
Dans des paysages somptueux, Michael Cimino développe son histoire pittoresque et non exempte de nostalgie, empruntant à tous les genres hollywoodiens. Sans avoir le souffle de ses futures réalisations, LE CANARDEUR est ce qu'on pourrait appeler un sacré bon film !